Dans Les Années sida à l’écran, le critique de cinéma Didier Roth-Bettoni passe en revue plus de 250 films et documentaires sur l’épidémie.

didier roth-bettoni les années sida à l'écranCelles et ceux qui lisent régulièrement Hétéroclite savent toute l’importance que «notre» critique de cinéma attitré, Didier Roth-Bettoni, accorde à l’idée de mémoire homosexuelle, de transmission intra- et extra-communautaire d’une histoire propre aux gays et aux lesbiennes. C’est donc tout naturellement que cet amoureux du septième art, mais aussi de littérature, consacre son dernier ouvrage (le troisième de sa plume publié aux courageuses éditions ErosOnyx, après deux monographies consacrées aux cinéastes gays Derek Jarman et Philippe Vallois), Les Années sida à l’écran, à plus de trente ans de représentations filmiques de l’épidémie de sida. De Killer in the village (premier documentaire connu sur la maladie, diffusé sur la BBC dès 1983) à 120 battements par minute, c’est ainsi plus de 250 long- et court-métrages, téléfilms ou documentaires qu’il passe en revue.

Enjeux et évolutions de la représentation du sida au cinéma

En un peu plus d’une centaine de pages, Didier Roth-Bettoni parvient à cerner les enjeux de la représentation de la maladie à l’écran. Quel point de vue adopter : celui des malades (c’est le choix, très radical, de Derek Jarman dans son dernier film, Blue) ou celui de leur entourage (comme dans le beaucoup plus mainstream Philadelphia de Jonathan Demme) ? Quel sentiment inspirer aux spectateurs : la compassion ou la colère ? Comment (et faut-il ?) représenter l’irreprésentable, la mort certaine et atrocement douloureuse pour les premiers malades ? L’ouvrage montre aussi comment fictions et documentaires audiovisuels ont suivi l’évolution de l’épidémie, du mystérieux «cancer gay» à la PrEP en passant par les années d’hécatombe, le soulagement des trithérapies, le relâchement qui a suivi, jusqu’au récent regain d’intérêt pour les débuts de la catastrophe.

Sans prétendre épuiser le sujet, ce livre court mais passionnant (accompagné du DVD de la comédie musicale Zero Patience de John Greyson, un des films les plus étonnants sur le sida), est étrangement l’un des premiers à l’aborder et donne très envie, dès qu’on l’a refermé, de se plonger dans l’impressionnant corpus de films rassemblé en fin d’ouvrage.

 

Les Années sida à l’écran de Didier Roth-Bettoni (éditions ErosOnyx)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *