La sociologue Malika Hamidi affirme dans Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? qu’il est possible de concilier foi et défense des droits des femmes.

Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? Dès le titre de son ouvrage, Malika Hamidi souligne bien qu’associer ces deux mots apparaît comme un défi, voire une provocation. Pour les féministes musulmanes, dont les revendications s’appuient sur la foi, le combat est double : au sein de l’islam, elles doivent lutter contre une longue tradition patriarcale et des lectures littérales du Coran, qui voudraient légitimer les inégalités entre hommes et femmes ; dans les mouvements féministes, elles se heurtent au scepticisme d’une autre tradition, laïque, pour qui les religions, l’islam en particulier, sont un facteur d’aliénation pour les femmes.

C’est à partir des années 1970, mais surtout depuis une dizaine d’années, que des intellectuelles ont décidé de se réapproprier les textes sacrés – et, comme le rappelle l’auteure, il y a du travail, «après quatorze siècles d’exégèse exclusivement masculine» ! Revendiquant le droit d’interpréter ou d’adapter le Coran en dehors du contexte patriarcal dans lequel il a été «révélé», ces théologiennes contestent du même coup le lien entre texte sacré et oppression sexuelle.

Condescendance à l’égard des femmes voilées

C’est là que leurs positions posent question aux mouvements féministes historiques. En Europe et surtout en France, la question du voile cristallise les clivages : alors qu’une série de lois et un climat islamophobe, voire franchement raciste, désignent les femmes voilées comme des ennemies de la laïcité ou même de la République, des militantes musulmanes revendiquent le voile comme signe de visibilité dans l’espace public, dont les femmes peuvent s’emparer pour en faire un outil d’émancipation. Voilà qui va à l’encontre d’une certaine vision de la laïcité, longtemps majoritaire dans les mouvements féministes européens, qui considère les femmes voilées comme des femmes soumises : cette condescendance à l’égard de ces «aliénées» est ainsi rendue visible par des féministes musulmanes, qu’elles soient voilées ou non.

Si l’essai de Malika Hamidi manque parfois de distance à l’égard de son objet, il n’en pose pas moins des questions urgentes quant aux relations du féminisme européen avec le passé colonial. Au même moment paraît aux éditions Amsterdam La Politique du voile, où la théoricienne du genre Joan Scott analyse le voile comme un écran où la société française projette ses angoisses post-coloniales : voilà au moins deux bonnes raisons d’interroger ces peurs bien françaises et, comme l’écrit Malika Hamidi, de «décentrer les schémas d’émancipation».

 

Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? de Malika Hamidi (éditions de l’Aube)

Un Réponse à “Malika Hamidi défend l’idée d’un féminisme musulman”

  1. Luc DAVIN

    La thèse de Madame HAMIDI m’apparaît sincèrement intéressante dans la mesure où elle pourrait contribuer à réduire la fracture entre une laïcité traditionnelle et rigide d’une part et une communauté musulmane en légitime besoin d’être reconnue dans son identité d’autre part.

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