Eurexpo Lyon accueillait cet automne la dix-neuvième édition de la Japan Touch, où étaient présents de nombreux éditeurs de mangas. Parmi eux, Taifu Comics est spécialisé dans le yuri et le yaoi, des genres centrés sur des amours homosexuelles.

Le vaste univers du manga rassemble des styles, des genres et des sous-genres différents, parmi lesquels le yuri (parfois aussi appelé «girls’ love») et le yaoi (ou «boys’ love»), soit, respectivement, des mangas narrant des relations amoureuses ou intimes entre filles ou entre garçons. Le premier yuri, Shiroi Heya no Futari, de Ryoko Yamagishi (1971), décrit la passion entre Résine, une jeune fille introvertie, et Simone, au tempérament rebelle. Le titre fondateur du yaoi paraîtra quant à lui quatre ans plus tard au Japon (et en 2012 en France, aux éditions Kazé). Le Cœur de Thomas, de Moto Hagio, dépeint la confusion d’un jeune homme après le suicide d’un camarade de classe qui était amoureux de lui.

En quarante ans, le yuri et surtout le yaoi ont connu un essor important qui s’est amplifié dans les années 2000. Les raisons de ce développement sont nombreuses. Il y a bien sûr l’historique de l’homosexualité dans la culture japonaise, mais aussi le goût d’un lectorat surtout féminin qui, lassé des romances hétérosexuelles mièvres des shojos (des mangas destinés aux adolescentes), se passionne pour le yaoi.

Évolutions dans le style et les thèmes traités

En parallèle à cet essor, le thème classique qui explorait l’articulation d’une relation entre un dominant (sume) et un dominé (uke) a évolué pour s’ouvrir à des thèmes de société : famille, coming out, harcèlement scolaire, identité de genre… Dans la série Ikumen After de Kazuma Kodaka (édition Taifu Comics), c’est l’homoparentalité qui est traitée à travers la rencontre, via l’amitié de leurs enfants, de deux pères célibataires.

Le graphisme de ces mangas a aussi beaucoup changé. Longtemps, leurs héros étaient des éphèbes longilignes, imberbes, presque androgynes. Aujourd’hui, on voit apparaître des personnages avec une musculature et une pilosité affirmée. Tel est le cas de Mike, le beau-frère canadien de Yaichi dans Le Mari de mon frère de Gengoroh Tagame, une série dont le quatrième volume est paru le 26 octobre aux éditions Akata. Plus connu pour ses BD homo-érotiques hard mettant en scène des relations sadomasochistes, Tagame, invité du dernier festival d’Angoulême, se révèle ici un mangaka subtil et plein de tendresse, mais aussi un auteur militant qui, dans une œuvre tout public, déconstruit les clichés homophobes.

Encore confidentiels il y a quelques année, le yuri et le yaoi connaissent en France un succès grandissant. En octobre 2017, la sixième édition de Y/Con, la convention dédiée au genre et organisée à Villejuif par l’association Event Yaoi, a connu une affluence record. Peut-être une incitation pour la bande dessinée occidentale à s’emparer davantage des thématiques LGBT qui, en dehors des œuvres de Ralf König, y sont encore peu présentes.

 

Illustration : dessin de couverture du quatrième tome de la série Le Mari de mon frère de Gengoroh Tagame

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.