La sortie en DVD de 120 battements par minute est l’occasion de tenter de mesurer l’impact qu’a eu le film de Robin Campillo, notamment sur la place médiatique accordée à la lutte contre le sida.

Il y a le moment et l’après. Il y a les œuvres et leurs échos. Il y a les résonances qui dépassent ce que l’on a lu, ou vu. Il y a ce qui submerge, ce qui transcende, ce qui se trouve révélé, peu à peu, dans les tréfonds de nous, dans les strates enfouies du monde alentour. Une œuvre, parfois, si elle tombe au bon moment, si elle dit quelque chose qu’on n’entendait plus et qu’on espérait, sans se l’avouer, entendre à nouveau sans savoir comment, une œuvre comme ça, c’est une lame de fond. C’est quelque chose qui travaille de l’intérieur, presque à notre insu, et qui transforme. Ce n’est pas juste l’émotion ou l’éblouissement d’un instant, celui de la découverte. Ce n’est pas l’intérêt intellectuel que l’on ressent à rencontrer une pensée stimulante. Non, c’est autre chose de plus souterrain qui se réveille. Quelque chose de tellement puissant que, sans éclipser l’œuvre, cela la relègue au second plan, comme un support essentiel mais plus tout à fait central. C’est ce qui se produit avec 120 battements par minute, le film de Robin Campillo qui, quatre mois après sa triomphale sortie en salle et ses plus de 800 000 entrées, est sortie en DVD juste avant Noël. Durant ces quatre mois, tout a été dit et écrit sur le film, tous les enthousiasmes et toutes les réserves se sont exprimés, tous les débats et toutes les polémiques ont eu lieu, à juste ou moins juste titre, et il n’est pas question ici d’y revenir. Non, il est question de dire à quel point ce film a chamboulé bien plus qu’en surface l’image du sida ici et maintenant. À quel point il a redonné une réalité à ce qui avait disparu des radars politiques, médiatiques ou artistiques. À quel point il a réactivé nos mémoires douloureuses mais aussi les mauvaises consciences de toutes celles et tous ceux qui, le voyant, se demandent interloqué.es «où est-ce que j’étais ? Comment ai-je fait pour ne pas voir ?». À quel point, ce faisant, il nous interpelle toutes et tous sur d’autres questions qui se posent aujourd’hui. À quel point il nous redit la puissance du collectif, l’importance du groupe. 120 BPM et son succès, enfin (enfin ?), sont des incitateurs puissants à la naissance, demain, d’autres œuvres sur le sida, sous d’autres formes, avec d’autres approches. Ce n’est pas peu dire que ce n’est pas rien.

 

120 battements par minute de Robin Campillo (en DVD chez Arcadès)

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