Pour sa huitième édition, le festival Écrans Mixtes invite à Lyon le cinéaste portugais João Pedro Rodrigues : l’occasion de redire à quel point il s’agit d’un auteur essentiel.

Les cinéastes qui proposent une vision aussi personnelle et radicale de l’homosexualité (au sens très large et très englobant du terme) ne courent pas les rues. L’invitation faite par le festival Écrans Mixtes à João Pedro Rodrigues le confirme : le réalisateur portugais, découvert en 2000 avec le scotchant O Fantasma et son héros en latex, est de la trempe des Pasolini, des Jarman, des Fassbinder, c’est-à-dire de ces rares auteurs dont l’œuvre et l’univers se déploient en permanence et en parallèle sur ces trois registres essentiels que sont la dimension politique, la dimension esthétique et la dimension sexuée.

Les cinq longs-métrages réalisés jusqu’à présent par Rodrigues (tous programmés par Écrans Mixtes) soulignent tous, à leur manière, la très singulière puissance de son cinéma, ce mélange de réalisme cru (le jeune héros de O Fantasma est éboueur) et de scintillement fantastique (le long prologue en forêt de Mourir comme un homme), cette frontière étroite entre le désir et son accomplissement.

João Pedro Rodrigues mourir comme un homme heteroclite decembre 2014

Les mêmes thèmes de film en film

Comme souvent chez les grands auteurs, le cinéma de Rodrigues se dessine autour de thèmes très forts – l’identité (sexuelle, de genre…) et la mémoire (individuelle, collective…) – qu’il ré-agence de film en film : ce n’est pas pour rien que le titre de son premier film peut se traduire en français soit par «le fantasme»  soit par «le fantôme»… Portés par une connaissance intime du cinéma, de ses genres et de son histoire, voguant du mélo au documentaire (c’est dire si la palette est large !), les films de Rodrigues foudroient par leur beauté autant que par leur manière de déranger – les idées reçues, les états de confort, les images de nous-mêmes…

João Pedro Rodrigues

Bref, de l’errance lisboète du jeune et beau héros de O Fantasma à celle du cinéaste João Guerra da Mata dans le Macao de son enfance (La Dernière Fois que j’ai vu Macao), de l’errance identitaire du travesti vieillissant de Mourir comme un homme à celle, amoureuse, des personnages d’Odete, Rodrigues explore sans cesse ce trajet malaisé qui va de nous à nous. Autant dire que c’est un cinéma de la (re)construction de soi.

 

 

Invitation à João Pedro Rodrigues :

Mourir comme un homme, jeudi 8 mars à 21h à l’Institut Lumière, 25 rue du Premier film-Lyon 8 / 04.78.78.18.95

– Master-class vendredi 9 mars à 17h à l’Université Lumière Lyon II, campus Berges du Rhône / Grand amphithéâtre du Palais Hirsch, 92 rue Pasteur-Lyon 7

L’Année des treize lunes de Rainer Werner Fassbinder, présenté par João Pedro Rodrigues, vendredi 9 mars mars à 21h à l’Institut Lumière, 25 rue du Premier film-Lyon 8 / 04.78.78.18.95

Odete, samedi 10 mars à 15h15 au Lumière Bellecour, 12 rue de la Barre-Lyon 2 / 04.78.84.67.14

L’Ornithologue, dimanche 11 mars à 18h au Comœdia, 13 avenue Berthelot-Lyon 7 / 04.26.99.45.00

O Fantasma, dimanche 11 mars à 21h au Lumière Terreaux, 40 rue du Président Édouard Herriot-Lyon 1 / 04.78.98.74.52

La Dernière fois que j’ai vu Macao, lundi 12 mars à 18h30 au Lumière Bellecour, 12 rue de la Barre-Lyon 2 / 04.78.84.67.14

 

 

Photo 1 : Odete (2005)
Photo 2 : Mourir comme un homme (2009)
Photo 3 : L’Ornithologue (2016)

 

Festival Écrans Mixtes, du 7 au 15 mars à Lyon / www.festival-em.org

4 Réponses à “João Pedro Rodrigues invité à Lyon par le festival Écrans Mixtes”

  1. devaux

    bonjour,
    qu’est devenu l’acteur principal RICARDO MENENES de O FANTASMA ?
    Il n’a joué qu’une seule fois au cinéma ?

    merci

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  2. VALENTIN

    Bonsoir
    j’habite VALENCE et je m’aperçois avec regrets que vous avez invité ce talentueux cinéaste portugais en mars dernier à LYON. Par chance à VALENCE, au LUX, ils ont passé l’HORNITHOLOGUE et je crois que je l’ai revu récemment sur ciné émotion. Nous avions vu à PARIS en 2002, son premier film sur la vie nocturne de ce jeune éboueur et nous avions été un peu surpris. Dans le ciné qui appartenait à FR. MITTERRAND dans le 15ème.Grace à LIBE.
    Si vous êtes en contact avec lui, dites lui que nous le remercions pour ses recherches cinématographiques et la qualité de son travail. Avez vous eu beaucoup de spectateurs à LYON ?
    Merci
    Marie Pierre VALENTIN 26120 UPIE

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    • Romain Vallet

      Oui, il y a beaucoup de monde à Lyon pour chacune des séances de ses films, qu’il a présentés lui-même !

      Répondre

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