William Marx explore dans son dernier essai, Un savoir gai, la manière dont la sexualité – gaie – induit une connaissance spécifique du monde.

william marx un savoir gai les éditions de minuitEn transformant Le Gai Savoir de Nietzsche en Un savoir gai, William Marx en change discrètement mais radicalement la perspective, et l’adjectif (même sans y), prend un tout autre sens. L’écrivain et historien de la littérature entreprend d’explorer la manière dont toute connaissance lui «arrive transformée par cette orientation différente» qui est la sienne. Il aspire à une petite révolution : «trois mille ans de littérature occidentale ont exploré l’intellect hétérosexuel et la vision du monde qui l’accompagne. Il est temps d’explorer une autre face». Malgré la déclaration générale, il s’agit pourtant d’un savoir gai, singulier. S’adressant à lui-même, William Marx part de ses propres expériences pour aborder une multitude de questions en un abécédaire enlevé qui va d’«Altérité» à «Zeus» en passant par «Pédophilie», «Couples» ou «Taille».

C’est particulièrement le lien entre désir et savoir qui retient son attention. Ainsi de sa passion durable pour la littérature antique, qui trouve son origine dans un dossier consacré à la mythologie dans un magazine de son enfance aux dessins suggestifs. Chemin faisant, ce parcours érudit nous amène à des réflexions toutes en nuances et parfois à contre-courant (sur la communauté, la prostitution…) et à des découvertes malicieuses, comme ce poème de Paul Valéry à la symbolique étonnamment coquine, ou cet évangile apocryphe qui raconte qu’un jeune homme nu passe une nuit avec Jésus pour qu’il lui «enseigne le mystère du Royaume de Dieu».

Un savoir gai un peu trop hors du temps

On aimerait que ce savoir gai soit toujours aussi espiègle. Souvent, il apparaît un peu hors du temps. Est-ce à cause de la belle langue lettrée qui exalte au passé simple «l’importance historique» des mouvements militants et les combats «que d’autres livrèrent pour [lui]» mais les rejette en fait dans un passé glorieux coupé de notre présent ? Ou bien de cette vision parfois élitiste de l’homosexualité, loin de la culture «populaire, c’est-à-dire marquée par la tyrannie de la majorité» ? De ce monde gay où les applis de rencontre sont à peine mentionnées et qui semble toujours être celui de Proust ?

On est gêné aussi par l’approche si masculine, imperméable aux théories féministes, concédant tout juste que les femmes «souffrent elles-mêmes» de l’exaltation publique de la «séduction féminine» (certes !) mais qui croit pouvoir affirmer que «les sociétés occidentales modernes tentent de mettre en pratique l’égalité sociale entre les sexes». Avec ses trouvailles comme ses points aveugles, ce Savoir gai est quoi qu’il en soit un salubre encouragement à multiplier les savoirs LGBTI.

 

Un savoir gai de William Marx (Les Éditions de Minuit)

 

Photo : William Marx © DR

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