Le temps d’une lecture, les Assises Internationales du Roman proposent de faire renaître sur scène la complicité intellectuelle liant une écrivaine à son éditeur en donnant à entendre des extraits de textes de Marguerite Duras publiés par Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions P.O.L.

Il y a comme une évidence à lire à voix haute les textes de Marguerite Duras, tant la singularité du travail de l’autrice repose sur le rythme de la phrase, déconstruit, fracturé, remanié. Tant l’écriture de Duras est une écriture de l’oralité, faussement balbutiante, faussement naturelle, mais traduisant à la perfection les accidents de la langue parlée, ses détours et ses hésitations.

De Duras on connaît tout, on croit tout connaître. Bien avant qu’on ne parle d’autofiction, elle a excellé dans l’imbrication du réel et de la fiction, dans l’entremêlement d’éléments autobiographiques et de souvenirs fantasmés, faisant de sa vie et de celle de ses proches œuvre littéraire. Elle est, à bien des égards, l’autrice de l’amour et du désir, puisque ces thèmes ne cessent de traverser son œuvre, sous des formes souvent inattendues, mettant au jour des unions marginalisées : entre une jeune fille blanche et un amant chinois, entre une résistante et un collaborateur, entre un jeune homme homosexuel et une femme célèbre vieillissante.

La Douleur, premier succès éditorial de la maison P.O.L

Si la majorité des textes de Marguerite Duras ont été publiés chez Gallimard, comme c’est le cas pour Un barrage contre le Pacifique ou Le Ravissement de Lol V. Stein, ou aux éditions de Minuit, comme Moderato Cantabile ou L’Amant (qui lui a valu le Prix Goncourt en 1984), quelques uns de ses ouvrages ont quant à eux été publiés aux éditions P.O.L par Paul Otchakovsky-Laurens. Figure emblématique de l’édition française, il fonde sa propre maison en 1983. S’il accompagne des autrices et auteurs comme Emmanuel Carrère, Camille Laurens ou encore Guillaume Dustan, c’est la publication en 1985 de La Douleur de Duras qui constitue son premier succès éditorial.

Plusieurs textes de Marguerites Duras seront à l’honneur

Dans ce recueil de textes, librement inspiré de ses propres cahiers tenus durant la Seconde guerre mondiale, Marguerite Duras évoque sa vie de résistante à Paris et surtout l’attente de son mari, Robert Antelme, déporté dans le camp de concentration de Buchenwald puis à Dachau. Il y a fort à parier que l’on retrouvera des extraits de La Douleur dans la lecture que proposent Pierre Baux et Violaine Schwartz des textes de Duras publiés chez P.O.L. en hommage à l’éditeur mort dans un accident de voiture au mois de janvier. Et sans doute également, des extraits de La Pluie d’été, roman dans lequel Duras s’intéresse à une famille d’immigrés à Vitry et qui entre en résonance avec sa propre enfance au Vietnam.

Ou encore des passages de La Vie matérielle, texte hybride, à mi-chemin entre l’entretien journalistique et le roman, où Duras parle de son rapport aux objets, aux lieux et aux autres. Et enfin, sans doute, des extraits de Yann Andréa Steiner, où est évoquée cette liaison iconoclaste entre une vieille femme et un jeune homosexuel, et qui offre à Duras l’occasion de se replonger dans les faits marquants de sa vie. Un des ouvrages de Duras, datant de 1969, a pour titre Détruire, dit-elle. Car chez Duras, c’est bien le fait de dire qui constitue la réalité, bien plus que l’exactitude des faits. C’est le fait de dire qui crée le monde. Cette lecture devrait donc donner naissance à tout un monde durassien.

 

Marguerite Duras : lecture
Dimanche 27 mai aux Subsistances, 8 bis quai Saint Vincent-Lyon 1 / 04.78.39.10.02 / www.villagillet.net

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