Alors qu’une proposition de loi visant à proscrire les « thérapies de conversion » sera bientôt déposée à l’Assemblée nationale, on peut s’interroger sur l’utilité et l’efficacité d’une telle interdiction.

Profitant de la niche parlementaire de son groupe, la députée LREM de l’Allier Laurence Vanceunebrock-Mialon s’apprête à déposer à la mi-mai une proposition de loi pour interdire les « thérapies de conversion » en France. En mars, le Parlement européen a condamné ces pseudo-traitements visant à “guérir” les gays et les lesbiennes de leur homosexualité, et appelé à leur interdiction dans tous les États de l’Union européenne. Ce qui a peut-être provisoirement donné aux eurodéputé·es l’illusion de leur utilité, mais ne changera sans doute pas grand-chose, puisque les votes de l’Assemblée de Strasbourg n’ont aucune valeur contraignante…

Pour l’heure, Malte reste donc le seul pays européen à proscrire les thérapies de conversion. Et pour cause : si elles sont très répandues dans les pays où les fondamentalistes évangéliques sont nombreux (comme les États-Unis), elles sont beaucoup plus rares de ce côté-ci de l’Atlantique. Les principales organisations LGBT en conviennent : en France, ce problème est marginal, voire quasiment inexistant. Dans notre pays, les différentes églises chrétiennes (protestantes ou catholiques) préfèrent parler d’“accompagnement des personnes homosexuelles” et prôner l’abstinence à leurs ouailles non-hétérosexuelles. Et si on peut (à juste titre) trouver cela inhumain et absurde, on voit mal quelle loi pourrait, demain, les en empêcher. Au pays de la séparation des églises et de l’État, sur quelle base juridique pourraient se fonder les député·es pour demander aux différents courants religieux de modifier leur doctrine sur l’homosexualité ?

Des priorités à revoir

Comme à la grande époque du sarkozysme triomphant, quand le moindre fait divers devait se traduire par une nouvelle mesure sécuritaire, on risque donc de se retrouver face à une loi d’affichage. On peut d’avance prédire que celle-ci ne sera que très rarement appliquée et n’aboutira qu’à un nombre infime de condamnations. Nul doute en revanche que le gouvernement la brandira fièrement dans l’espoir de faire reluire son peu glorieux bilan en matière de droits LGBT…

On est pourtant loin des priorités actuelles du mouvement LGBT français, en tête desquelles figure l’ouverture de la PMA aux femmes lesbiennes et les droits des personnes trans. Tout au long de leur parcours de transition, ces dernières se trouvent très souvent confrontées à de nombreux médecins (notamment des psychiatres) qui nient leur transidentité, la conçoivent comme une pathologie, tentent de les dissuader de transitionner et cherchent à les faire rentrer dans le “droit chemin” de la cis-hétéronormativité. S’il y a des “thérapies de conversion” qu’il faut interdire d’urgence, ce sont celles-ci…

Un Réponse à “« Thérapies de conversion » : une loi, pour quoi faire ?”

  1. Marjo

    Si les thérapies de conversions ne sont pas courantes en France, elles subsistent néanmoins sous couvert d’hypothèse psychanalytique freudienne. Interdire ces pratiques n’aura sans doute pas d’impact majeur en France, mais ne fera pas de mal non plus. De plus, il ne faut pas oublier que la culture évolue, parfois sous influence outre-atlantique,et que les politiques peuvent bouger aussi. Si de telles lois peuvent protéger les LGBTQI présentement et dans des futurs incertains, c’est plutôt cool.

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