Proféministe, écrivain et professeur en Sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal, Francis Dupuis-Déri publie un essai dans lequel il dissèque les mécanismes du discours de la crise de la masculinité. Un discours bien huilé où la peur de l’avancée des droits des femmes prédomine.

Sur les cinq continents et depuis l’Antiquité, l’homme serait en crise. Et pour quelles raisons ? Lorsque les femmes acquièrent plus de liberté et d’égalité, les hommes se sentiraient « émasculés, perdus ». Dans son essai La Crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace, Dupuis-Déri scrute les mouvements masculinistes, leur histoire et leurs discours avec comme point de départ Rome et une première crise en 195 av. JC causée par la volonté des femmes de conduire des chars et de se parer de vêtements colorés. « Les femmes sont devenues si puissantes que notre indépendance est compromise à l’intérieur même de nos foyers. » On croirait lire Éric Zemmour, mais il s’agit des mots de Caton l’Ancien.  

Depuis-Déri déroule le fil de ce discours de crise, « une idéologie qui vise à discréditer le féminisme » et ses luttes, de la ruée vers l’or américaine, à l’affaire Dreyfus en France, en passant par l’Inde d’aujourd’hui. Aucun homme ne serait épargné bien que ces derniers se maintiennent dans des positions dominantes économiquement, socialement, politiquement. La domination masculine se pare de ce vieux mécanisme d’autodéfense dès qu’elle se sent en danger, non pas que l’homme périclite, mais parce que les femmes s’émancipent et c’est ainsi qu’elles « castrent » les hommes. 

Des théories qui diminuent les hommes
«
L’influence néfaste du féminisme » opère au jardin d’enfants, à l’éducation des garçons, dans l’espace public, au travail, au sein de la famille, du couple, et bien sûr, dans la sphère intime où les femmes seraient aujourd’hui dans une position de domination de par leur pouvoir de dire oui ou non à une relation sexuelle. Quel que soit le prisme étudié, cet ouvrage nous montre à quel point certains hommes se sentent désemparés lorsque la société mute notamment au regard des schémas familiaux traditionnels, puisque les femmes consacrent davantage de temps à leur travail, amis et loisirs.

Les théories masculinistes, dans leurs injonctions à hiérarchiser la société et à donner une place à chacun·e (une femme doit être « douce » et « compréhensive », tandis qu’un homme se doit d’être « dominant » et « combattant ») ne laissent aucune place à la diversité et à la liberté d’être. Aussi, elles diminuent les hommes et leur pouvoir de résistance à la pression sociale et psychologique. Un homme hétérosexuel serait donc incapable de ne pas se sentir diminué face à une femme autonome financièrement et sexuellement émancipée ? Après cette lecture, ce dont nous sommes sûr·es c’est que nous n’avons pas fini d’entendre parler de la crise de la masculinité puisque nous n’avons pas fini de nous émanciper.

 

crise masculinite francis dupuis deriÀ lire 

La Crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace de Francis Dupuis-Déri (Éditions du remue-ménage)  

 

 

 

 

© illustration : François Leconte

Trackbacks/Pingbacks

  1.  Édito #143 : La Ligue prend l’eau - Hétéroclite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.