Le 17 juillet, s’est tenue au Centre LGBTI de Lyon une table ronde, à l’initiative du bureau du Centre et de la LGP (association organisatrice de la Marche des fiertés de Lyon), afin d’apporter des éclaircissements sur l’annulation de la Marche 2019, le 15 juin dernier. En voici un compte-rendu.

Il ne s’agit pas d’un verbatim exact mais plutôt d’une reconstitution, à partir des notes qui ont été prises, des échanges qui ont eu lieu, reconstitution qui s’attache à rapporter aussi fidèlement que possible la pensée et la parole des personnes intervenantes.

 

Stéphane Caruana (directeur de la publication et de la rédaction d’Hétéroclite)

Est-ce que le Centre LGBTI de Lyon et la Lesbian and Gay Pride (LGP) peuvent commencer par se présenter ?

 

Laurent Chauvin (président du Centre LGBTI de Lyon)

Le Centre a un peu moins de cinq ans. Il se compose de 33 associations (qui ont le droit de vote au Conseil d’administration, CA) et de commissions. Il est dirigé par un bureau, élu par le CA. Nous espérons que cette table ronde permettra de mettre sur la table les frustrations qui traversent le milieu LGBT et queer. Certaines de ces frustrations remontent à l’inauguration de la bibliothèque du Centre, le 17 mai 2018, un événement que nous avons mal géré. Nous en avons discuté entre nous en CA mais nous n’avons jamais eu l’occasion de le reconnaître publiquement et c’était une erreur.

 

David Souvestre (président de la LGP)

La LGP est une association composée de très peu de personnes physiques (six) et essentiellement de personnes morales. C’est un collectif d’organisations (associations LGBT, syndicats, partis politiques) qui se réunissent régulièrement, décident du mot d’ordre de la Marche, du trajet, etc.

 

Claire Lamberti (vice-présidente de Mobilisnoo, association des salarié·es LGBT du groupe Orange et leurs ami·es, et du Jardin des T, association trans)

Peut-on rappeler pour commencer ce qu’il s’est passé le mois dernier, notamment pour les personnes qui, comme moi, n’ont pas pu assister à la Marche des fiertés LGBTI de Lyon ?

 

Olivier Borel (porte-parole de la LGP)

La veille de la Marche (vendredi 14 juin), la vitrine du Centre a été recouverte d’affiches. Le jour même, quelques personnes ont pris la tête du cortège, ce qui a entraîné un très fort ralentissement. Entre 14h30 et 16h, on a ainsi progressé de seulement 300 m… Nous en sommes arrivé·es à la conclusion qu’il n’était pas possible d’avancer. C’est pourquoi, vers 16h30, nous avons pris la décision d’arrêter la Marche et de revenir sur la place Bellecour.

 

Louise

Pour ma part, je n’étais pas à Lyon le jour de la Marche, j’ai suivi la situation quasiment en direct sur les réseaux sociaux mais je n’ai toujours pas compris ce qu’il s’est passé. L’explication du cortège radical pour justifier l’annulation de la Marche n’est pas suffisante, elle est trop floue. Il n’y a pas eu de volonté du cortège radical de stopper la Marche. Pourquoi la Marche a-t-elle été maintenue alors qu’on savait depuis quatre jours qu’il allait y avoir des pluies torrentielles ? Quelles sont les vraies raisons de l’annulation ? Pourquoi les forces de l’ordre ont-elles été appelées contre les militant·es queers ?

 

Olivier Borel

Ce n’était pas possible de suivre un parcours de 4,6 km à 200 m à l’heure. La pluie n’a évidemment pas arrangé les choses : le char de tête n’était plus sonorisé, ce qui rendait impossible de donner des explications. Lors des CA de la LGP qui ont précédé la Marche, nous avons discuté de l’attitude à adopter vis-à-vis du cortège de tête qui était annoncé et notre position a toujours été très claire : pour nous, il était hors de question d’appeler la police pour virer des militant·es LGBT de la Marche. Jamais la LGP n’a fait cela. La police est là pour protéger les manifestant·es d’éventuelles infiltrations de l’extrême-droite ou d’actes hostiles des passant·es, c’est tout. Il y a déjà eu par le passé des cortèges radicaux au sein de la Marche mais jamais nous n’avons fait appel à la police pour les déloger.

 

Nem (administrateur-système de la bibliothèque du Centre LGBTI, membre du collectif Médic’Action, a participé au cortège de tête)

On ne prône pas la radicalité pour la radicalité. Il y a un vrai problème dans le Centre qui fait la politique de l’autruche depuis des années et qui pousse à des réactions de plus en plus désespérées. Nous [le cortège de tête, NdlR], nous voulions avancer mais le char de tête ne suivait pas ou même reculait. Je ne doute pas du fait que ce ne soit pas la LGP qui ait appelé la police. Mais j’aimerais une autocritique du Centre, dans lequel il y a de nombreux problèmes. Demandez-vous pourquoi toutes ces critiques sont formulées contre le Centre.

 

Stéphane Caruana

À quels problèmes fais-tu allusion ?

 

Nem

Je pense par exemple d’un homme à tendances pédophiles que j’ai vu avoir des comportements gênants avec des mineurs au sein même du Centre, ou aux problèmes rapportés dans l’accueil de certaines personnes, notamment des personnes trans.

 

Laurent Chauvin

Le Centre a pris des décisions d’exclusion (totale ou partielle) du local vis-à-vis de deux personnes. La première avait menacé un autre membre. La seconde a été jugée par la justice et a purgé sa peine. Elle ne peut plus venir ici qu’accompagnée d’un·e membre du bureau et elle est interdite d’accès aux commissions où sont présent·es des mineur·es. Tout écart transformerait cette exclusion partielle en une exclusion définitive. Concernant le deuxième point, comme je l’ai rappelé en introduction, le Centre est relativement jeune. Notre positionnement n’a pas toujours été très bon, pas plus que l’accueil de certaines associations. Mais je pense qu’en quatre ans et demi, un gros travail de fond a été fait dans la manière dont on essaye d’avancer sur les droits des trans. On reçoit énormément de demandes. Les deux associations trans du Centre, Chrysalide et Le Jardin des T, sont complètement débordées. Nous avons besoin de construire un message politique pour combattre les préjugés et les lois qui ne vont pas. Dans les débats en CA, on fait toujours attention à ne pas seulement discuter de problèmes techniques mais à faire aussi des points plus politiques. Il y a malheureusement un manque de participation des associations lors des événements trans. Mais les personnes trans n’arriveront pas à faire avancer la société sans des soutiens, et ces soutiens se trouvent (ou devraient se trouver) prioritairement au sein de la communauté LGB.

 

Romain (membre du collectif Dragones et usager du Centre)

Je dois dire que c’est très difficile de comprendre à la fois votre action et votre réaction. Personnellement, je ne soutiens pas l’encollage du Centre LGBTI, parce que je pense que c’est une vraie violence contre ses usagers. Mais jusqu’à preuve du contraire, rien ne dit que les personnes qui ont placardé le Centre et celles qui étaient présentes dans le cortège de tête sont les mêmes. Avec les Dragones, nous avions un char commun avec Hétéroclite lors de la Marche. Quand la pluie est devenue trop fort, on nous a demandé d’arrêter la musique et de partir, alors que certains chars sont restés sur la place Bellecour.

 

Ingrid

Je m’interroge aussi sur les raisons de l’arrêt de la Marche. Manifestement, la pluie est selon moi la raison principale. Je trouve qu’en maintenant l’événement malgré l’alerte orange de Météo France, vous [la LGP, NdlR] avez mis en danger certain·es participant·es. Quand le déluge a commencé, tout le monde s’est retrouvé dans le métro. Beaucoup de garçons étaient presque à poil et les gens autour de nous n’étaient pas forcément très bienveillants. Mais la pluie commençait à mouiller le matériel et donc il fallait impérativement remballer.

 

Raphaëlle (membre du Collectif lesbien lyonnais)

Pour moi, la question de l’intervention des forces de l’ordre reste un sujet sensible. Un ordre d’intervention a bien été donné et ce serait mieux pour tout le monde qu’on sache vraiment par qui. Je trouve qu’il y a un manque de transparence sur cette question.

 

Marion Athiel (administratrice du Planning familial du Rhône, en charge du service d’ordre de la Marche depuis deux ans)

Concernant l’alerte orange de Météo France et les raisons pour lesquelles on a maintenu la Marche malgré tout, il faut savoir qu’une Marche, c’est une très longue préparation et on n’a pas vraiment de marge de manœuvre pour la reporter.

L’année dernière, on avait réussi à discuter avec le cortège de tête et à trouver un terrain d’entente. Pas cette année. C’est sûr que la pluie n’a pas aidé. Comme l’a dit Olivier, l’hypothèse d’un cortège de tête a été évoquée dans les CA de la LGP dans les jours qui ont précédé la Marche. La réponse collective des organisations qui composent la LGP a été de dire : on n’est pas d’accord pour envoyer les forces de l’ordre contre le cortège de tête. Par ailleurs, je ne nie pas qu’il y ait eu des blessé·es parmi les personnes du cortège de tête, mais il y en a eu aussi de notre côté.

 

Olivier Rey (directeur du Lavoir public)

Pour organiser moi-même des spectacles en extérieur, je sais que lorsque de la pluie est annoncée, on y croit jusqu’au dernier moment et on veut coûte que coûte que l’événement ait lieu, donc je peux comprendre cette volonté de la LGP de maintenir la Marche malgré l’alerte orange de Météo France. Une question que je me pose : qui a le droit de défiler à la Gay Pride ? Tous les chars doivent-ils être identifiés ? Peut-on venir avec une banderole ?

 

Olivier Borel

En tant que personne physique, tout le monde a le droit de venir à la Marche. Nous, on gère les véhicules, on fixe un ordre de marche, on oblige les organisations participantes à avoir des bénévoles autour de leurs chars pour sécuriser le parcours. La banderole de tête est réservée aux associations qui, pendant un an, préparent l’organisation de la Marche, définissent le mot d’ordre, etc. Des critiques ont été exprimées contre Radio Scoop. C’est un partenaire historique qui fait de la pub pour l’événement en amont et qui organise le village associatif après la Marche. Il y a également des chars d’établissements gays. En revanche, à Lyon, on n’a jamais eu de chars de Tinder ou de Mastercard, comme ça peut être le cas à Paris.

 

Claudio Brozzoli

Quelles sont les revendications du groupe qui a pris la tête du cortège ? Peut-on intégrer ces demandes au sein de la Marche ?

 

Yaël Jestin (ancien membre du bureau du Centre LGBTI, en charge de l’accueil, a participé au cortège de tête)

Je ne peux pas parler au nom de tout le cortège de tête, mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne voulait pas laisser la tête de la Marche à des responsables politiques. On n’admet pas qu’ils viennent se faire mousser dans nos luttes. Notre démarche visait à rendre la Marche plus politique, à rappeler que Stonewall était une émeute et je trouve dommage que pour les 50 ans de cet événement fondateur, ce soit les queers qui se soient pris les flics sur la gueule.

 

Romain 

Partenaire historique ou pas, Radio Scoop n’a pas sa place dans la Marche ! Pas plus qu’un site comme achetergay.com. Chaque année, on nage en pleine récupération. On nous dit que Radio Scoop assure l’animation musicale de la Marche, mais des personnes de notre communauté pourraient faire le même travail, voire mieux. Je trouve difficile de vous [la LGP, NdlR] soutenir quand vous acceptez d’être du bétail électoral pour les responsables politiques.

                                                                  

Une personne dans le public

Il ne faut pas taper tout le temps sur les politiques. Tous ne sont pas affreux. Sans eux, on n’aurait pas eu la dépénalisation de l’homosexualité. C’est facile de taper sur les institutions, mais certaines ont toujours défendu nos causes.

        

Romain 

Les politiques ont le droit de venir à la Marche, tout le monde est le bienvenu, mais pas derrière la banderole de tête ! Leur place est dans le cortège, pas devant.

 

Raphaël Comby

Moi je suis militant socialiste, élu, et je suis fier de participer à la Marche depuis des années ! Que La République En Marche fasse sa pub dans le cortège, ça m’énerve aussi, mais si on les vire, on n’est pas démocrates. Et j’ajouterai que j’ai milité beaucoup plus et depuis beaucoup plus longtemps que bien des personnes présentes ici ce soir !

 

Des personnes dans le public

Merci papa ! On n’a pas besoin de ta condescendance !

 

Julien Gangand (responsable inter-associatif à SOS Homophobie Lyon)

À SOS Homophobie, on fait des réunions tous les mois, on n’est pas d’accord avec plein d’associations mais on discute avec elles. Cette année encore, nous voulions mettre l’accent sur l’ouverture de la PMA à tou·te·s mais l’annulation de la Marche a rendu cette revendication inaudible. Ça nous a évidemment tou·te·s énormément frustré·es. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’on a vu débarquer le jour de la Marche des gens qu’on ne voit jamais le restant de l’année. Si vous voulez prendre le pouvoir à la LGP ou au Centre pour changer les choses, venez, impliquez-vous !

                                           

Valentin (membre de AIDES)

Le jour de la Marche, on était au tout début du cortège, fier·es de notre banderole. Que les politiques soient devant nous, j’ai trouvé ça dérangeant et frustrant. Je crois aussi que le fait que tous les membres de la communauté ne soient pas capables de porter un message commun nous a décrédibilisés.

 

David Souvestre

On a acté depuis deux ans que les élus ne devaient plus tenir la banderole de tête mais rester simplement dans le cortège de tête. Maintenant, on peut en rediscuter, se demander s’il faut que les politiques se mettent plus loin dans le cortège. Mais des organisations comme le Parti communiste, le Parti de gauche ou la CGT s’investissent toute l’année dans l’organisation de la Marche. Moi, je trouve difficile de leur dire “maintenant, vous dégagez”.

 

Louise

Arrêtez de parler de “Gay Pride”, c’est la Marche des Fiertés LGBTI, tout le monde est censé le savoir aujourd’hui. Je sais que c’est une habitude de dire “la Gay Pride” mais on doit changer ça. Quant à la présence d’organisations politiques ou syndicales dans le carré de tête, elle ne peut pas à mon avis être justifiée par l’implication dans l’organisation de la Marche. Le carré de tête, il ne sert pas à s’auto-congratuler de ce qu’on a fait durant l’année.

                                           

Margot Béal (membre du Planning familial, qu’elle représente au sein de la LGP)

Il me semble qu’il y a beaucoup de confusion, dans les prises de parole jusqu’à présent, entre le Centre et la LGP. Je voudrais rappeler que ce ne sont ni les mêmes personnes, ni les mêmes structures. Sur l’expression “Gay Pride”, qui l’utilise encore ? À Lyon, la Marche s’appelle “Marche des Fiertés LGBT” depuis 2006 (“Marche des Fiertés LGBTI” depuis 2017). Ce que j’aimerais savoir, c’est : quelle est la stratégie derrière la formation d’un cortège de tête ? Quel type de travail militant, considéré comme insatisfaisant, est attaqué ? Y a-t-il des choses à reprocher au mot d’ordre de la Marche ? Quel est le sens de bloquer une manifestation progressiste ? Pour moi, une Marche LGBT qui fait défiler 20 000 personnes dans le Vieux Lyon, quartier envahi par les fachos, ce n’est pas un défilé apolitique.

 

Julien Grisoni (membre de la commission bibliothèque du Centre)

Y avait-il des élus de la majorité présidentielle à la Marche ? Et pourquoi on ne fait pas plus suer les élus sur leurs prises de position ?

 

 Jean-Baptiste Perrot

Au-delà du symbole que représentent l’annulation de la Marche et l’intervention des forces de l’ordre l’année du cinquantenaire de Stonewall, je voudrais faire une remarque concernant la communication. J’ai été effaré par ce que j’ai lu sur Facebook dans les échanges relatifs à ces événements. Du coup, je me demande qui, au sein de la LGP, est derrière les réseaux sociaux ?

 

David Souvestre

Je ne veux pas livrer un nom en pâture mais c’est vrai que le jour même et le lendemain de l’annulation, après avoir pris cette décision extrêmement difficile pour nous, on a eu une réaction à chaud et on a dit des choses qu’on n’aurait pas du dire. On s’en est d’ailleurs excusés dans notre communiqué officiel qui revenait sur les événements.

 

Laurent Chauvin

Depuis la création du Centre il y a quatre ans et demi, on a fait évoluer ses statuts pour pouvoir créer une bibliothèque, des commissions, etc. Mais je pense qu’il y a clairement un manque de dialogue avec l’extérieur du Centre. Les CA restent des espaces de discussion entre nous. Et j’espère qu’on parviendra à renouveler des temps de dialogue comme celui-ci.

 

Claire Lamberti

Quand on a des idées, la meilleure solution pour les porter, c’est de s’impliquer dans les structures existantes. Ça me semble trop facile de ne pas y participer et, le jour de la Marche, de débarquer en disant “voilà ce qu’on réclame, voilà ce qu’il faut faire”. Pour être écouté·e, pour faire changer les choses, il faut s’impliquer.

 

Une personne dans le public

Je n’étais pas à la Marche cette année, mais par contre, j’étais à l’inauguration de la bibliothèque du Centre le 17 mai 2018 et je m’étonne qu’il ait fallu attendre plus d’un an avant que le Centre reconnaisse publiquement avoir commis des erreurs à cette occasion. Ce jour-là, nous avons été coincé·es à l’extérieur du Centre, à tenter vainement de dialoguer avec des personnes qui n’étaient pas du tout ouvertes au dialogue. Ce qui s’est passé lors de la Marche cette année me semble assez similaire : dès que des élus sont présents, vous cherchez à les protéger des personnes queers qui contestent leur pouvoir et plus aucune communication n’est possible. Quand j’entends “pourquoi vous ne vous investissez pas dans le Centre ou la LGP ?”, j’ai envie de répondre “parce qu’on n’a pas du tout envie de venir dans une ambiance comme celle-ci, dans des endroits où on sait que, de toute manière, on sera en minorité et où, si on exprime une opinion contraire, on va se faire traiter de fachos comme l’a fait la LGP après l’annulation de la Marche”. Pourquoi, aujourd’hui, des cortèges radicaux se montent un peu partout en France ? Parce que on est des minorités au sein de structures associatives qui, en France, sont extrêmement rigides. Vous devriez être dans une position d’écoute face aux personnes qui portent des revendications minoritaires au sein même de la minorité LGBT. Or, je constate que le Centre a mis plus d’un an avant de présenter des excuses publiques pour ce qui s’est passé le 17 mai 2018, la LGP plus de deux semaines avant de publier un communiqué dans lequel elle s’excuse d’avoir qualifié les membres du cortège de tête de “fachos”.

 

Une personne dans le public

On ne veut pas batailler éternellement dans des CA dans lesquels on sait qu’on est minoritaires. C’est souvent plus efficace d’agir ailleurs.

 

Danièle Authier (vice-présidente du Centre LGBTI et trésorière de l’association de santé sexuelle Frisse)

Pour en avoir discuté avec d’autres Centres LGBTI, c’est vrai que le constat partagé qui ressort est celui d’une grande difficulté à s’exprimer en tant que femmes et en tant que lesbiennes dans ces espaces.

 

Arsène

L’inclusion des personnes trans ou intersexes dans les Centres LGBTI ne doit pas reposer sur les épaules de ces personnes elles-mêmes, qui ont déjà beaucoup de choses à affronter dans le monde extérieur, mais bien sur celles des gens qui sont majoritaires au sein des Centres, à savoir les gays cisgenres. Vous ne pouvez pas demander aux personnes trans et intersexes de faire des efforts supplémentaires.

 

Joe

Depuis le début de cette table ronde, on vous reproche de ne pas faire votre autocritique, mais je ne vous vois pas engagé·es dans une démarche de dialogue. Pour ma part, j’ai eu beaucoup de mal à accepter mon homosexualité quand j’étais ado, il y avait peu de gays dans mon lycée. La première fois que je suis allée à la Marche des Fiertés, je me suis retrouvée dans un défilé où on fêtait quelque chose sans que je sache ce que c’était ni pourquoi. J’y suis retournée les années suivantes, en tant que drag-queen, puis en tant que femme trans, mais c’est encore pire. Des trucs comme le camion achetergay.com, ça me renverse, ça ne me met pas bien du tout. L’expression “Gay Pride” a été utilisée par Radio Scoop, par des chars que vous invitez à la Marche. Vous ne voulez pas que la Marche soit politisée, mais on peut être politisé·es sans être partisan·es. Ce que j’ai vu à chaque fois que j’y suis allée, c’est une Marche englobée par le capitalisme qui me fout la gerbe.

 

Marnie

Vous nous dîtes “si vous avez des idées, venez vous impliquer dans l’organisation de la Marche et au sein du Centre”. Mais beaucoup parmi nous débutent dans le militantisme et ne savent pas comment vous rejoindre. Par ailleurs, dans les milieux queers radicaux, beaucoup d’organisations se font et se défont très vite, donc c’est compliqué de participer à l’organisation de la Marche. Il y a eu jusqu’à présent deux éditions de la Pride de nuit : a-t-on vu les gens de la LGP y venir, se questionner dessus ? En tant que jeune militante, j’aurais aimé ne pas trouver une porte fermée dès le départ.

 

Olivier Borel

Nous tenons notre Assemblée générale (AG) traditionnellement en début d’année et un Conseil d’administration (CA) une fois par mois en moyenne. La date de l’AG est annoncée sur notre site et notre page Facebook. Tout le monde peut y prendre la parole. Quant aux CA, ils sont ouverts à tout le monde, mais seules les associations y ont le droit de vote. Les personnes physiques de l’association sont élues et, pour devenir membre de la LGP, la cotisation est de 15 euros par an

 

David Souvestre

Certains journalistes nous ont questionnés au sujet de la Pride de nuit et notre discours a toujours été de dire que plus il y a de manifestations, mieux c’est. Certaines organisations au sein de la LGP font d’ailleurs aussi partie de la Pride de nuit. La première édition de la Pride de nuit, très franchement, je n’avais pas vraiment envie d’y aller, parce que certains textes produits ont été extrêmement agressifs envers nous, ce qui n’a pas été le cas cette année. La question qu’on s’est posée, c’est “si on y va, est-ce qu’on va être bien reçu·es ?”. On n’a pas d’opposition à venir à la Pride de nuit si on n’est pas exclu·es, ni insulté·es.

 

Stéphane Caruana

Est-ce qu’il faut faire une distinction entre les chars commerciaux hétéros et les chars commerciaux LGBT ? Est-ce qu’on rejette seulement Radio Scoop ou aussi les chars des bars gays ou lesbiens, ou d’entreprises comme Hétéroclite ?

 

Olivier Borel

Le partenariat qu’on a signé avec Radio Scoop nous permet d’avoir des spots de pub sur cette antenne. Nous, on le trouve intéressant, parce que c’est une radio locale, la première radio écoutée à Lyon, et donc, ça nous semblait un outil pertinent pour communiquer à Lyon. Ces spots de pub font venir des gens à la Marche. Et l’objectif, c’est quand même bien d’avoir le maximum de personnes sur la Marche afin de pouvoir porter nos revendications.

 

Loïc Dominguez-Garcia (LGP)

Oui, c’est ça, la vraie question : est-ce qu’on veut qu’il y ait du monde à la Marche ? Radio Scoop ne verse pas d’argent à la Marche mais c’est un partenaire média local qui ramène des participant·es, comme ClearChannel. Les partenaires LGBT, eux, n’ont souvent pas les moyens financiers ni humains que nécessitent un char.

 

Bruno de Maria (secrétaire adjoint du Centre)

Comme Laurent l’a dit, le Centre regroupe 33 associations. La seule association politique membre du Centre (Homosexualités et socialisme, HeS, NdlR) n’a pas le droit de voter au CA. Toute l’année, nous recevons un soutien très clair, aussi bien technique que financier, de différentes institutions : la Ville de Lyon depuis le début, la Métropole, l’État à travers la Dilcrah [Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, NdlR]… Mais le Centre ne soutient aucun politique ni aucun élu. Il fait de la politique mais n’est pas partisan. Surtout, je veux dire que pour faire changer le Centre, il suffit de s’impliquer dedans.

 

Fanny (a participé au cortège de tête)

D’abord, je trouve chouette que cette table ronde et cette discussion aient lieu. Ensuite, je ne me sens pas la plus légitime pour parler mais je tiens à dire que nos revendications n’étaient pas de bloquer la Pride. Et que ce que nous dénonçons, ce n’est pas un phénomène lyonnais, isolé. C’est pas qu’une crispation locale, propre à Lyon : on la retrouve partout dans le monde, par exemple à New York avec le mouvement Reclaim The Pride. En France même, il y a beaucoup de Prides de nuit, parce que les gens en ont assez de voir la Marche des fiertés devenir une techno-parade, une soirée mousse. La question de l’argent a été abordée. Mais on peut faire une Pride sans argent, ou en tout cas avec moins d’argent ! La Pride doit porter des revendications anticapitalistes. Être radical·e, c’est pas un gros mot, c’est juste revenir à la racine des oppressions. Et pour finir, je me demandais si d’autres réunions comme celles-ci sont prévues.

 

Patrice Marchand-Panichi (membre d’Homosexualités et socialisme et de la LGP)

Oui, le problème est international mais ici c’est une réunion locale et on ne va pas régler un problème international. Quand tu dis qu’il faut qu’on se mette autour d’une table, en fait nous ce qui nous est arrivé·es l’an dernier, c’est qu’on a organisé comme chaque année la Gay Pride, pardon la Marche des Fiertés (moi j’ai 47 ans et ma première Marche des fiertés remonte à mes 16 ans, à une époque où on parlait encore de “Gay Pride”) dans nos instances, assemblée générale tous les mois, réunions de bureau, choix du mot d’ordre, de l’affiche, des partenariats etc. Le jour de la Marche, on a vu débarquer un groupuscule de personnes qu’on ne connaissait pas, dont nous n’avions jamais entendu parler avant…

 

Une personne dans le public

C’est le principe des personnes autonomes, en fait.

 

Patrice Marchand-Panichi

Voilà. Sauf que nous, nous ne sommes pas des personnes autonomes. Nous sommes un collectif, avec un conseil d’administration, avec des instances qui votent démocratiquement…

 

Yaël Jestin

Bah nous aussi, en fait.

 

Patrice Marchand-Panichi

Et qui accueillent toutes les personnes qui veulent en faire partie. Donc pour parler avec ces personnes autonomes, il faudrait qu’elles viennent dans nos instances, puisque je te dis que je fais partie du bureau de la LGP mais je ne peux pas prendre de décisions puisque nous avons des instances qui décident et qui votent démocratiquement. Du coup, les personnes autonomes…

 

Yaël Jestin

Merci condescendance !

 

Patrice Marchand-Panichi

Mais ce n’est pas de la condescendance ! Je t’explique comment fonctionne la LGP !

 

Yaël Jestin

Mais on sait comment fonctionne une asso, merci, ce n’est pas parce qu’on est autonomes qu’on ne sait pas comment ça marche !

 

Patrice Marchand-Panichi

Du coup, comment fait-on pour discuter avec des gens qui, en groupuscule, se mettent devant notre Marche sans nous avoir parlé ?

 

Une personne dans le public

Notre Marche !

 

Patrice Marchand-Panichi

Notre Marche, la Marche lyonnaise, oui, des Lyonnais, des LGBT…

 

Yël Jestin

C’est pas la vôtre, hein !

 

Patrice Marchand-Panichi

Sans nous avoir parlé ni communiqué avec nous, comment veux-tu que nous fassions un premier dialogue !

 

Yël Jestin

C’est de notre faute, quoi.

 

Patrice Marchand-Panichi

Mais qui a parlé de faute ?

 

Yaël Jestin

Tout ce qui ressort de tous les échanges, c’est que c’est la faute des autonomes, des queers qui ne font pas assez d’efforts pour venir dans VOS institutions pour vous parler ! Alors qu’on vous a expliqué·es quatorze fois qu’on ne pouvait pas faire ça parce que quand on vient, soit on se fait rejeter, soit on est obligé·es de passer notre vie à expliquer ce qu’il se passe. Moi j’ai fait partie du Centre LGBTI pendant un an…

 

Patrice Marchand-Panichi

Moi je te parle de la LGP. Tu es venu à la LGP ?

 

Yaël Jestin

Moi je te parle des institutions. C’est la même chose, c’est des institutions où la majorité est constituée de mecs cis, blancs et gays.

 

Une personne dans le public

Et privilégiés !

 

Yaël Jestin

C’est pareil. Au Centre, j’ai juste eu l’impression d’être la caution trans du bureau. Parce que j’ai fait partie du cortège de tête l’an dernier, on m’a ouvertement, dans une réunion de bureau, demandé de démissionner. Si ça ce n’est pas la preuve que vous n’êtes pas capables d’accepter la diversité au sein de la communauté, je ne sais pas ce que c’est. À un moment, on est tous et toutes fatigué·es de devoir essayer de rentrer dans vos institutions et on s’organise en mouvements autonomes. Et vous n’êtes pas foutu·es de comprendre ça. Et lorsqu’on fait un cortège de tête, vous nous traitez de fascistes qui vont tout casser.

 

Patrice Marchand-Panichi

Votre action ressemblait à un blocage, on vous demandait d’avancer et vous refusiez !

 

Yaël Jestin

Lorsqu’on avançait, vous reculiez ! Nous, la seule chose qu’on a vue, c’est qu’on allait se faire nasser par les flics.

 

Patrice Marchand-Panichi

Ça, c’est un fantasme pur !

 

Yaël Jestin

Vous ne savez pas comment marche une nasse pendant une manif, apparemment… Quand on isole un groupe dans une manif, surtout s’il est composé de queers radicaux, c’est ce qui arrive.

 

Patrice Marchand-Panichi

Mais le groupe était autonome de cette manif, tu viens de le dire toi-même ! Vous étiez devant !

 

Yaël Jestin

On s’est mis devant pour marcher AVEC la manif !

 

Patrice Marchand-Panichi

En totale autonomie !

 

Yaël Jestin

Vous le faîtes exprès, en fait ! On ne peut pas parler avec vous, ça ne sert à rien. Vous ne voulez pas changer d’un iota vos positions.

 

Romain 

C’est trop facile de nous renvoyer la balle en disant “il faut venir !”. Vous n’êtes pas un cahier de doléances et les gens ne peuvent pas forcément venir tout le temps. Je suis un usager régulier du Centre auprès de plusieurs associations. Plusieurs personnes ici pourront témoigner du fait que j’y viens du mieux que je peux et pourtant, je ne vous y vois jamais. Jamais on ne m’a informé des réunions du CA, ni sollicité pour y participer. Vous publiez les dates mais l’accès à ces réunions n’est pas évident pour tout le monde. On ne peut pas tous s’organiser. Vous êtes très fier·es de l’énorme travail que vous faites toute l’année, il est en effet très bien et personne ne remet en question ni sa qualité ni les mots d’ordre qui sont très justes, mais plutôt les méthodes. Tout le monde ne peut pas donner son temps et de son énergie. D’autre part, votre manière de réagir à tout, cette façon de dire “je suis là depuis plus longtemps que toi, donc j’ai raison !” lorsqu’on n’est pas d’accord avec vous, c’est la preuve que vous refusez de vous remettre en question. La balle est dans votre camp, c’est à vous de réagir, d’aller voir les gens, les associations, de participer à toutes ces choses-là. C’est votre responsabilité. Vous n’êtes pas un cahier de doléances. Merci à Laurent qui s’est remis en question et a reconnu que le Centre avait commis des erreurs. Comme quoi, c’est possible !

 

Laurent Chauvin

À nous de nous tenir au courant des instances des uns et des autres et une table ronde comme celle-là permet de se dire les choses. Et même si cela sort avec beaucoup de frustration, beaucoup de colère, je pense que c’est utile et à renouveler pour qu’un dialogue s’instaure.

 

Claire Lamberti

On a tous des problèmes de temps, on est toutes et tous débordé·es et bénévoles. Peut-être qu’il faut que nous, au Centre, réfléchissions à des façons de récolter vos idées si vous ne pouvez pas venir. Les décisions concernant la Marche sont prises par la LGP, pas par le Centre. Donc c’est à la LGP qu’il faut défendre vos idées concernant la Marche. Ces décisions sont prises de manière démocratiques, en CA, donc elles nécessitent un débat.

 

Romain Giraud

Il faut que vous communiquiez davantage sur vos réunions et que vous démarchiez les gens, que vous leur disiez “ton opinion est importante, viens t’exprimer”. Mais vous ne faîtes pas ce travail-là !

 

Claire Lamberti

Tout ce que je veux dire, c’est que dans les CA que les décisions se prennent. La démocratie, dans les associations, elle se joue en CA.

 

Une personne dans le public

Mais ça ne marche pas !

 

Louise

Comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas participé à la Marche des Fiertés de Lyon cette année. Je suis toute jeune dans le milieu militant lyonnais, je suis arrivée à Lyon il y a un. On m’a beaucoup parlé de la LGP et du Centre, j’ai commencé à apprendre des choses et je suis venue ce soir en me disant que c’était une occasion d’obtenir des explications plus concrètes, de tous les côtés, de la LGP comme d’autres organisations. Je trouvais le communiqué de la LGP vachement honnête. Mais actuellement, tout ce que j’entends de la part de la LGP, c’est de la défense, pas d’explications. J’aimerais que cette invitation au dialogue se traduise par des actes concrets, que cela ne reste pas que sur du papier.

Sur la question de la communication, qui revient régulièrement depuis tout à l’heure : je comprends votre volonté de vouloir faire venir le plus de monde possible à la Marche, y compris via des médias qui ont une large audience. Mais la com’ pour la com’, ça ne marche pas. Communiquer sur Radio Scoop juste parce que c’est une radio connue, ça ne sert à rien. Ce qui est important dans la communication, c’est le public visé. Il faut viser les personnes qui peuvent être intéressées, qui sont concernées par la Marche. C’est un préalable nécessaire pour défendre des revendications politiques claires. Or, personnellement, quand je veux écouter une radio lyonnaise qui parle de personnes LGBT, j’écoute Radio Canut, pas Radio Scoop. Ramener du monde pour ramener du monde, inviter tout et n’importe qui pour avoir de belles photos le lendemain dans Le Progrès ou Lyon Capitale, ça n’a aucun sens.

 

Olivier Rey

En fin de compte, merci pour cette réunion et merci pour cette annulation, car elle nous aura permis de comprendre certaines choses. Personnellement, depuis dix ans, j’avais l’impression que la Marche des fiertés avait lieu chaque année quoiqu’il arrive, que c’était une affaire qui roulait pour ainsi dire toute seule. Ce soir, j’ai compris que l’organisation de la Marche reposait sur un fonctionnement démocratique et des réunions auxquelles tout le monde peut venir. Et vu l’enthousiasme qu’on constate ce soir et le nombre de personnes présentes, ma question est la suivante : peut-on mettre en place à la rentrée un calendrier de travail pour préparer la prochaine Marche, avec des CA, des AG, etc., pour que tous les gens qui sont ici puissent s’emparer de cet événement qui nous tient toutes et tous à coeur ? J’espère qu’on sera hyper-nombreux·ses, beaucoup plus que les années précédentes.

 

Arsène

On a beaucoup parlé ce soir d’une opposition entre les queers d’un côté et les associations de l’autre, et de l’invitation que vous [le Centre et la LGP, NdlR] nous faites de venir dans vos structures, dans vos CA. Et on a vu que certaines personnes, on va les appeler “les autonomes”, viennent, essayent de s’impliquer dans vos associations et parfois repartent, découragées pour un certain nombre de raisons, mais au moins tentent. Mais de l’autre côté, la seule chose que j’ai entendue, c’est que vous ne venez pas nous voir par peur d’être mal accueilli·es. Donc ce que vous nous demandez, faîtes-le vous-mêmes aussi. Mettez en oeuvre ce que vous préconisez, allez voir comment ça se passe dans les groupes autonomes, qui ne sont pas fermés : la preuve, vous saviez qu’il y allait avoir un cortège de tête cette année comme l’an dernier. 

 

David Souvestre

C’est vrai qu’il faut qu’on fasse un effort en matière de communication, qu’on annonce mieux les dates d’AG. Mais je pense qu’on n’est pas les seul·es dans ce cas. Par exemple, à la fin de l’appel à former un cortège de tête publié sur Rebellyon avant la Marche, il n’y avait ni adresse e-mail, ni numéro de téléphone. Je ne demande même pas des noms, hein, je peux comprendre la volonté d’anonymat, mais juste un moyen de contact. Sinon, on ne peut pas aller vous voir et il n’y a pas de communication possible.

 

Une personne dans le public

Mais c’est comme ça chaque année…

 

David Souvestre

Non, c’est pas vrai, c’est seulement la deuxième année qu’il y a un cortège de tête et une Pride de nuit, même s’il y avait déjà eu des cortèges radicaux au sein de la Marche. Et l’an dernier, ça ne s’était pas passé comme ça.

Concernant achetergay.com, j’ai entendu vos remarques et je pense qu’on va les intégrer. Pour ce qui est des propos tenus par Radio Scoop, très sincèrement, durant la Marche, on ne peut pas entendre tout ce qu’il se dit à tous les micros parce qu’il y a plein de choses à gérer. Mais on va aussi travailler pour que cela ne se reproduise pas. Une année, le char d’une boîte de nuit avait tenu des propos sexistes sur le parcours de la Marche, je ne les avais pas entendus mais on nous a fait remonter ces paroles et on l’a exclue l’année suivante.

Il a été dit que l’argent n’était pas le nerf de la guerre, qu’on pouvait faire sans. Et c’est vrai que ce n’est pas la Marche en elle-même qui coûte de l’argent, ce sont plutôt les actions qu’on mène tout au long de l’année. Un exemple : on est venu en aide à un couple qui se faisait harceler depuis des années par son voisin. Le procureur a reconnu ce harcèlement, mais pas son caractère homophobe. On a du faire une citation à comparaître, ce qui nécessite une caution. Or, ce couple gagne seulement deux fois le SMIC et la caution était fixée à 1 000 euros par personne, soit 2 000 euros à verser dans le mois. Donc c’est la LGP qui a versé la caution. Et si on peut le faire, c’est parce qu’il y a de l’argent qui rentre dans les caisses. C’est à cela que nous sert cet argent, plus qu’à organiser la Marche.

 

Une personne dans le public

Mais comment on le sait, ça ?

 

David Souvestre

Du coup, c’est vrai qu’il y a peut-être un problème de communication.

 

Une personne dans le public

Ça se fait aussi dans les milieux autonomes, avec des caisses de solidarité par exemple.

 

David Souvestre

Mais on le fait aussi. Chaque année, on lance des appels aux dons. Une année, on a récolté exceptionnellement 5 000 euros parce que Laurent Wauquiez venait de nous couper les subventions et là, les gens se sont réveillés. Mais les années suivantes, on a eu 200, 300 ou 1 000 euros. Et on ne fait rien avec des sommes pareilles. Bref, je suis encore en train de me défendre et on va peut-être à nouveau me critiquer pour ça, mais c’est une réalité qu’on a besoin de l’argent. On peut parler aussi de l’avocat de Moussa. On nous a reproché de n’avoir rien fait pour lui. Mais une partie des factures de l’avocat de Moussa a été réglée par la LGP. Ça sert à ça, l’argent. Bref. On a entendu un certain nombre de remarques et on va essayer de les prendre en compte. Mais si on se défend, c’est aussi parce que certaines critiques sont extrêmement difficiles et douloureuses à entendre.

Concernant l’animation musicale assurée par Radio Scoop sur la place Bellecour : durant plusieurs années, on avait essayé d’animer nous-mêmes la place Bellecour et ça n’a pas marché. On s’est cassés les dents, parce qu’on ne sait pas faire. C’est pour ça qu’on a fait appel à Radio Scoop, et ça nous a soulagé·es. Mais si, l’année prochaine, des personnes veulent s’en occuper, allez-y. Si vous voulez nous soumettre des propositions pour qu’il y ait plus de discours, plus de messages politiques et en même temps aussi plus de musique (parce que, mine de rien, parmi les 20 000 personnes qui viennent, il y en aussi qui cherchent ça), on est preneurs·ses.

 

Olivier Borel

On pourrait aussi à l’avenir communiquer sur la Pride de nuit ou sur des festivals comme En marge des fiertés. On peut même intégrer ces événements dans le livret de la LGP l’an prochain. Durant la Marche, on donne très souvent la parole à des structures qui ne l’ont pas, comme par exemple 2MSG [Migrations, minorités sexuelles et de genre, association qui vient en aide aux migrants LGBT, NdlR] l’an dernier. Cette année, on l’a donnée aux militants de AIDES pour qu’ils nous parlent de la sixième conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui se tiendra à Lyon le 10 octobre. De même, on peut laisser une tribune aux collectifs queers dans le livret de la LGP, comme on l’a fait pour 2MSG. Il y a plein d’espaces dans lesquels on peut vous donner la parole. La Marche, elle est là pour porter la parole de tout le monde. Dans le livret de la LGP, on a parlé des personnes intersexes, des personnes trans, on est la première Marche des Fiertés LGBT en France à avoir choisi un mot d’ordre autour de la transidentité en 2009. D’ailleurs, ce n’est pas la LGP qui organise la Quinzaine des Cultures LGBT, ce sont les associations qui en font partie ou même qui n’en font pas partie. Par exemple, le Collectif lesbien lyonnais ne fait plus partie de la LGP mais il organise cette année une exposition sur Stonewall qui est annoncé dans le programme de la Quinzaine. Donc il est possible de travailler ensemble.

Et pour revenir sur Radio Scoop, ils avaient déjà organisé il y a quelques années un concours de T-shirt mouillés sur la place Bellecour après la Marche et on leur avait dit que ce n’était pas possible, que la Marche des fiertés, ce n’était pas la fête du slip. Quant aux chars des autres établissements commerciaux, on peut aussi les inviter (par exemple dans le formulaire d’inscription à la Marche) à s’associer avec des associations qui n’ont pas les moyens d’avoir leur propre char, pour qu’ils portent un message plus politique. Bref, il y a plein de choses qu’on peut mettre en place.

 

Romain 

Certains le font déjà sur leurs chars : le Lavoir public s’est associé à SOS Homophobie, Hétéroclite aux Dragones… Il faut l’encourager.

 

Danièle Authier

À Frisse, on ne participe que très rarement à la Marche mais, en revanche, nous sommes présent·es chaque année sur le Village associatif, place Bellecour. Et depuis que c’est Radio Scoop qui l’organise, il est devenu impossible de discuter avec les participant·es et les gens qui viennent à notre stand. La musique est beaucoup trop forte.

 

Stéphane Caruana

En conclusion, si j’ai bien compris :

  • le Centre LGBTI s’est engagé à organiser d’autres réunions de ce type de façon régulière à partir de la rentrée pour que la discussion se poursuive ;
  • il a été demandé à la LGP d’établir un calendrier précis et accessible facilement de ses réunions, calendrier que Hétéroclite pourra évidemment relayer, pour que tout le monde soit au courant ;
  • l’idée d’inciter les chars commerciaux à s’associer à des associations militantes, afin qu’elles bénéficient de plus de visibilité durant la Marche, a été évoquée.

 

Nem

Je suis venu à cette table ronde un peu désabusé et, sans être à 100% satisfait de cette discussion, je le suis plus que je ne l’aurais cru donc merci d’avoir organisé cette réunion et merci en particulier à Laurent qui a fait preuve d’autocritique, c’est appréciable. J’espère que cela aboutira à quelque chose et c’est un premier pas.

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