Recouvert d’affiches la veille de la Marche des Fiertés, le Centre LGBTI de Lyon est accusé depuis plusieurs mois de ne pas faire toute leur place aux “minorités dans la minorités”. Deuxième volet de notre série d’articles qui tente de faire le point sur ces critiques, avec cette fois-ci un focus sur la question de l’accueil des personnes trans.

Un centre LGBTI, pour les personnes appartenant à des minorités sexuelles ou de genre, c’est en principe le safe place par excellence : un endroit protégé, un refuge où on est censé être à l’abri des oppressions qui règnent partout ailleurs. Dans les faits, il est souvent bien difficile de créer un tel cocon. Selon plusieurs témoignages, le Centre LGBTI de Lyon n’a pas réussi à remplir pleinement ce rôle, notamment vis-à-vis des personnes trans, lesbiennes et/ou racisées. Un échec qui pèse aujourd’hui encore sur son image au sein de la communauté queer lyonnaise et a contribué aux tensions qui ont éclaté en juin à l’occasion de la Marche des Fiertés.

Alex a poussé pour la première fois les portes du Centre en mars 2017. Son histoire, il l’a d’abord racontée au dessinateur Laurier The Fox. Ce dernier l’a illustrée pour son projet ReconnaiTrans, un blog qui met en images des vécus trans. “À l’époque, je suis un mec trans non binaire et pré-transition, donc pas forcément avec un passing de fou. Mais la moitié du temps, on me genre correctement. Je me pose au bar associatif. À côté de moi, un groupe de personnes tente de deviner si je suis un mec ou une fille. Personne ne vient me demander mon pronom pour vérifier. Le débat dure assez longtemps, je suis mal à l’aise, les personnes parlent comme si je n’étais pas juste à côté, donc je n’ose pas intervenir. Un jeune homme au bar essaie aussi de deviner mon genre sans me demander. Finalement, il décide arbitrairement que je suis une fille. Dès que quelqu’un vient me parler, il se jette sur elle ou lui pour lui dire “c’est une fille, j’ai demandé” (on se demande bien à qui, car pas à moi).”

On m’a interrogée sur mes parties intimes
Un an et demi plus tard, à l’été 2018, Héloïse, à l’époque adolescente trans mineure, subit elle aussi un accueil déplorable au Centre. “J’ai dû faire face à beaucoup de mégenrage et à des questions indiscrètes. Des gens qui avaient l’âge d’être mes parents m’ont interrogée sur mes parties intimes et ma transition alors que je les connaissais à peine. Et je n’ai reçu aucun soutien des personnes présentes”. Malgré cela, Héloïse s’investit au sein des deux associations membres du Centre, le Collectif lesbien lyonnais et Chrysalide, ainsi que dans sa commission “Jeunes”. En tant que femme racisée, elle rencontre également au Centre “un racisme ordinaire, davantage qu’un racisme frontal : des questions sur mes origines, mais aussi des insinuations sous-entendant que j’aurais tendance à me victimiser. Je suis par ailleurs autiste et atteinte de maladie chronique et, même s’il y a un ascenseur au Centre, je trouve que les problématiques rencontrées par les personnes handicapées ou neuro-atypiques y sont peu prises en compte. Cela peut pourtant passer par des choses simples, comme baisser le volume sonore de la musique ou l’intensité lumineuse des néons lors des soirées, par exemple”.

Une charte et des accueillant·es mieux formé·es
Les témoignages d’Alex et Héloïse représentent-ils des cas isolés ou au contraire ne constituent-ils que le sommet visible de l’iceberg ? Difficile de le dire. Nous avons pu nous entretenir avec une troisième personne trans qui a elle aussi subi des propos déplacés au Centre mais n’a pas souhaité en parler publiquement. Le problème semble en tout cas assez sérieux pour que les instances dirigeantes du Centre s’en saisissent. “La question de l’accueil a été soulevée par une personne trans il y a deux ans, explique ainsi son président, Laurent Chauvin. Cela a fait l’objet d’une discussion en Conseil d’administration, qui a abouti à une charte d’accueil. Celle-ci est affichée à la vue de toutes et tous au sein du Centre et mentionne explicitement l’obligation de ne pas mégenrer les gens et d’accueillir tout le monde sans distinction. Mais comme toutes les chartes, c’est un document d’intention. On ne peut pas être derrière chaque personne pour s’assurer qu’elle la respecte. En revanche, lorsque de nouveaux membres intègrent l’équipe des accueillant·es du Centre, nous leur délivrons une petite formation d’une demi-heure durant laquelle on leur rappelle que cette charte existe et qu’ils ont l’obligation de renseigner les personnes qui en font la demande sur toutes les associations du Centre. Nous leur expliquons aussi où trouver les informations nécessaires sur chacune d’elles. Fin août, certain·es accueillant·es ont également suivi un module de formation à l’écoute de deux fois deux heures délivré par un psychologue spécialisé dans ce domaine”.

Ces outils parviendront-ils à atténuer la méfiance d’une partie de la communauté queer lyonnaise à l’égard du Centre ? Si le bureau du Centre a adopté depuis le mois de juillet une attitude d’ouverture et d’échange avec l’instauration d’une série de tables rondes, la reconquête  s’annonce  longue et difficile. Mercredi 23 octobre, le deuxième rendez-vous organisé au Centre suite aux événements de la Marche des Fiertés, intitulé “On change quoi ?”, s’est d’ailleurs achevé sur cette interrogation : comment faire pour que les personnes trans, lesbiennes et/ou racisées s’y sentent davantage à leur place ? La question sera au cœur de la troisième réunion, qui doit avoir lieu dans les prochains mois.

ReconnaiTrans : www.reconnaitrans.tumblr.com
La charte d’accueil du Centre : www.centrelgbtilyon.org/pages/le-centre/charte-d-accueil.html

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