Le Conseil d’administration de l’association organisatrice de la Marche des Fiertés LGBTI de Lyon a été profondément renouvelé et rajeuni lors de l’Assemblée générale qui s’est tenue samedi 30 novembre, avec une arrivée massive de personnes se revendiquant queers.

C’est ce qui s’appelle un changement radical. Samedi 30 novembre, à l’issue de quatre heures d’Assemblée générale calme et sans polémique, la Lesbian and Gay Pride (LGP) de Lyon, l’association qui organise chaque année depuis 1996 la Marche des Fiertés LGBTI, s’est dotée d’un nouveau Conseil d’administration. Si on note assez peu d’évolutions du côté des personnes morales, c’est du côté des personnes physiques que des bouleversements majeurs se sont produits. Elles sont désormais douze au sein du CA et, parmi elles, aucune ne faisait partie de la LGP auparavant. Leur moyenne d’âge dépasse à peine la vingtaine d’années (soit environ la moitié de celle du précédent CA), et, surtout, les personnes trans et non-binaires sont majoritaires parmi elles. Toutes se revendiquent queers. Parmi elles, aucun homme cisgenre.

Une très forte volonté de changement
Cette prise de pouvoir a été rendue possible par un grand nombre d’adhésions au cours de l’AG, mais aussi par la lassitude de beaucoup d’organisations composant l’association, qui n’avaient pas désigné de candidats face aux nouvelles et nouveaux adhérent·es. Par ailleurs, suite aux vives tensions qui avaient éclaté en juin lors de la Marche des Fiertés LGBTI (finalement annulée), le bureau sortant de la LGP, très critiqué pour sa gestion de l’événement, avait annoncé publiquement au début du mois qu’il ne se représenterait pas. Enfin, l’initiative des jeunes queers avait été coordonnée : à la suite d’articles parus sur heteroclite.org et sur le site libertaire Rebellyon pour annoncer la tenue de l’AG, « un groupe de personnes LGBTQI+ militantes et apartisanes d’horizons divers (Pink blocs, Pride de nuit, associations, etc.)» s’est constitué dans l’optique de peser au sein de la réunion et de s’investir dans l’organisation de la prochaine Marche. Son programme ? « Le changement de nom de la LGP pour un nom enfin représentatif de la Marche des Fiertés ; garantir une marche militante et non-commerciale ; le refus que la marche serve de plateforme de promotion politique aux élu·es ». Au moment de déposer leur candidature, ils et elles ont également insisté sur leur volonté de « mettre l’accent sur les minorités au sein de la minorité : personnes trans, non-binaires, racisées, handicapées… » et de mettre fin à la mainmise des hommes cis et blancs sur la LGP.

Et maintenant ?
Dans les mois à venir, et une fois le terme “LGP” remplacé par une dénomination plus inclusive (une AG extraordinaire devrait être convoquée fin janvier dans ce but), plusieurs questions de taille vont se poser à la nouvelle équipe si elle souhaite mettre en œuvre ce programme. Faut-il exclure les chars commerciaux de la Marche des Fiertés (y compris ceux des établissements gays et lesbiens comme les bars ou les clubs) ? Faut-il rejeter également les syndicats et les partis politiques (la CGT, l’UNSA, la CFDT et le PCF fournissant l’essentiel des effectifs du service d’ordre, qui mobilise chaque année près d’une centaine de bénévoles pour assurer la sécurité des quelque 20 000 participants) ? Faut-il continuer à solliciter des subventions des pouvoirs publics, si oui lesquelles et si non, comment compenser le manque à gagner ? En 2019, la LGP a reçu au total 11 000 € de subventions publiques : 5 000 € de l’État via la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, 2 000 € de la Métropole et 4 000 € de la Ville via sa Mission Égalité. Autre difficulté : le départ brutal de l’ensemble du bureau sortant risque de compliquer la reprise de l’association. Enfin, les douze nouveaux apôtres du CA devront aussi compter avec les personnes morales. Des enfants comme les autres (Decla), le Planning familial du Rhône et le Forum gay et lesbien ont annoncé qu’ils quittaient l’organisation avant même l’élection du CA. Mais SOS Homophobie, Agir pour l’égalité, la CFDT Auvergne Rhône-Alpes, l’UNSA, le PCF, la FSU, Keep Smiling, AIDES et d’autres sont encore membres de droit de la LGP et auront leur mot à dire sur ses futures décisions. Plusieurs de ces organisations ont d’ailleurs fait savoir qu’elles pourraient quitter l’association si celle-ci prenait une orientation qui ne leur convenait pas. 

Les réactions
Après l’élection du nouveau CA et du bureau, c’est bien évidemment l’euphorie (et l’impatience de préparer la prochaine Marche) qui régnait chez les nouveaux et nouvelles élu·es. Du côté des “anciens”, ex-membres de la LGP ou responsables associatifs, on était partagé entre scepticisme, soulagement que l’association soit reprise et expectative. « Franchement, je ne crois pas qu’il y aura une Marche en 2020, pronostiquait l’un d’eux. Ce sera une “année blanche”, le temps que les nouveaux se rôdent ». « Certains membres de la nouvelle équipe ont l’expérience de l’organisation d’événements LGBTI, comme la Pride de nuit ou le FACT (Festival Arts et Création Trans, NdlR) », tempérait David Souvestre, désormais ex-président de la LGP. « Le changement générationnel est impressionnant », observait un ex-membre du bureau, résumant un sentiment unanimement partagé par “anciens” comme “nouveaux”, tous frappés par leur écart d’âge. « C’est vrai que la transition peut paraître abrupte, reconnaissait Olivier Borel, ex-porte-parole. Il n’y aura pas de “tuilage” entre l’ancien et le nouveau bureau ». S’ils ont prévenu qu’ils ne s’impliqueraient pas dans l’organisation de la prochaine Marche, les “sortants” se sont néanmoins engagés à rester à la disposition des “nouveaux” pour toute question technique ou conseil pratique. Depuis leur élection, ces derniers ont rencontré le Centre LGBTI et participé à une réunion à la préfecture au sujet de la multiplication des agressions LGBTphobes à Lyon. Ils et elles se sont également réuni·es pour commencer à discuter des questions les plus urgentes, comme la réservation de la place Bellecour, qui doit se faire au moins six mois à l’avance, ou les éventuelles demandes de subvention. Pour la future ex-LGP (puisque le principe du changement de nom semble acté), c’est donc un nouveau chapitre qui s’ouvre, entre inquiétudes et excitation qui caractérisent tout saut dans l’inconnu.

Rencontre avec la nouvelle équipe le 9 janvier au Centre LGBTI de Lyon à 18h (pour les associations, membres ou non de la LGP) et à 19h30 (pour tout le monde).

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