Poursuivant sa volonté de faire connaître des voix féministes peu entendues en France, la collection Sorcières des Éditions Cambourakis fait paraître Je transporte des explosifs on les appelle des mots, un recueil de poèmes féministes étatsuniens. 

Cette anthologie se compose de deux parties. La première, intitulée Un mouvement de poétesses : pensées sur la poésie et le féminisme, est un essai de la poétesse et militante lesbienne Jan Clausen datant de 1982. Ce texte esquisse un état des lieux de la poésie féministe étasunienne : le développement conjoint de l’activité militante et poétique, le choix spécifique de la poésie, les conditions de création, de publication, et de diffusion de ces œuvres, et les différentes questions auxquelles sont confrontées les poétesses et leurs auditoires. La seconde partie, Nous n’étions pas censées survivre : 24 poétesses féministes étatsuniennes, est constituée de poèmes publiés entre 1969 et aujourd’hui, dans une édition bilingue qui permet de lire les textes en langue originale et/ou traduits en français. Si on y retrouve des autrices déjà publiées en France comme bell hooks, Audre Lorde ou Dorothy Allison, cette anthologie est également l’occasion de découvrir des poétesses jamais traduites en français auparavant. La diversité des paroles, des expériences et des identités est par ailleurs l’un des aspects les plus enthousiasmants de ce livre. Le sous-titre Poésie & féminismes aux Etats-Unis  ne se contente pas de mettre féminisme au pluriel par simple précaution rhétorique. Fidèle à l’esprit de la collection Sorcières, l’ouvrage met sur le devant de la scène des personnes que les circuits de diffusion majoritaires privent habituellement de parole.

Quand la poésie rend la voix
Que ce soit dans la préface ou dans les poèmes de l’ouvrage, l’expérience poétique et l’expérience des marges politiques se nourrissent l’une l’autre, et maintiennent un dialogue constant. À travers l’écriture poétique, des personnes silenciées créent un espace dans lequel elles peuvent enfin exister, et toucher le public, grâce à l’édition et à la diffusion de leurs œuvres et à l’organisation de  séances de lectures. Pour Jan Clausen, l’écriture poétique s’est par ailleurs avérée indispensable pour accéder véritablement à la parole : « le fait est qu’il m’a fallu apprendre à parler en poésie : cela m’a paru, pour commencer, la seule façon d’être certaine de posséder ma propre voix ». Ce qui mène également les poétesses et leur lectorat à réinterroger les normes et les préjugés poétiques. Quel rapport entretenir avec des siècles de poésie patriarcale ? Comment faire en sorte que le militantisme et la création artistique ne s’entravent pas, mais se nourrissent l’un l’autre ? C’est dans ces questions soulevées,  et les réponses esquissées, que cette anthologie trouve tout son sens. 

Je transporte des explosifs on les appelle des mots de Jan Clausen et collectif (Éditions Cambourakis). En librairies. 

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