Progressivement traduite en français, l’écrivaine, militante et enseignante africaine-américaine bell hooks voit enfin paraître son ouvrage consacré à la pédagogie et à l’enseignement, Apprendre à transgresser, publié pour la première fois en 1994, dans la collection Nouvelles Questions Féministes des éditions Syllepse.

Enseignante-chercheuse à l’université, bell hooks s’interroge sur nos visions de l’enseignement, ses points aveugles, et sur les finalités de la transmission du savoir. Influencée par la pédagogie militante de Paolo Freire, elle prend ses distances avec le « système bancaire éducatif », méthode d’apprentissage concevant que c’est en apprenant par cœur des informations, puis en les régurgitant, que l’on devient plus intelligent·e. L’autrice reste par ailleurs marquée par sa propre expérience étudiante. D’abord scolarisée dans une école noire du sud des États-Unis, où ses professeur·es croient avant tout au besoin vital de développer l’esprit critique des élèves afin de leur offrir des armes de résistance aux stratégies de colonisation, elle est poussée par la déségrégation du pays à changer d’école. bell hooks est alors envoyée dans une école blanche, où toute son énergie doit désormais être employée à lutter contre les préjugés racistes de ses professeur·es et de ses camarades. Ce passage violent d’une école à l’autre lui apprend très jeune « la différence entre une éducation comme pratique de liberté et une éducation destinée seulement à renforcer un système de domination. »

Faire de la classe un espace de liberté
Adressé à la fois aux enseignant·es et aux étudiant·es, Apprendre à transgresser ouvre une discussion sur les différentes manières de repenser l’éducation. Le but d’une telle refonte est double : que l’école cesse de perpétuer les injustices sociales, et qu’elle permette aux élèves de se sentir plus libres grâce au savoir, moins sujet·tes à des normes qui leur sont néfastes. Pour bell hooks, il est évident que l’école n’est pas encore parvenue à devenir véritablement inclusive, à s’adresser aussi aux personnes marginalisées par la société. Désireuse d’un enseignement multiculturel, à l’image des classes auxquelles elle enseigne, l’autrice remet en perspective certaines conceptions de l’enseignement, comme le positionnement des professeur·es face au savoir, la place du conflit dans un processus pédagogique, ou la volonté de créer une communauté d’enseignement entre collègues et dans la salle de classe. Évidemment, une telle transition ne se fait pas sans rencontrer des réticences. En racontant certaines de ses expériences, l’autrice nous montre également quelles solutions peuvent être envisagées pour accompagner le personnel éducatif et les élèves dans de tels changements, afin que l’école soit véritablement l’endroit où l’on peut « grâce aux idées, [se] réinventer. »

Apprendre à transgresser de bell hooks (Éditions Syllepse). En librairies.

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