Plan B, Absent, Hawaï, Taekwondo… En quelques films, l’Argentin Marco Berger s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus audacieux et sensibles du désir gay. C’est encore le cas avec Le Colocataire, où la cohabitation de deux ouvriers — Juan, un brun séducteur, et Gabriel, un blond timide — ne va cesser de se transformer…

Marco Berger

Presque tous vos films parlent de l’attirance inattendue de deux hommes qui ne sont pas officiellement ou ouvertement gays. Est-ce un moyen de faire référence à la répression du désir homosexuel dans une société machiste comme l’Argentine ? 

Marco Berger : Je ne sais pas si, précisément, c’est une référence à la société machiste. Il est vrai que cela reflète un peu mes années d’adolescence, une époque où être gay était impossible pour le monde extérieur et donc pour moi. Parfois, je dis que c’est une partie de ma vie qui m’a été volée. En outre, j’aime dépeindre les débuts d’une relation, cette étape de déni et de confusion qui m’entourait pendant que ma personnalité se structurait. 

L’une des grandes caractéristiques de vos films, c’est la façon sensuelle dont vous filmez vos acteurs, leurs regards, leur proximité physique, la chimie entre eux, leurs corps… 

J’aime le corps masculin et les films sont une façon de canaliser ce désir. D’un côté, je voyais l’objectivation des femmes dans presque tous les films. De l’autre, on évitait de mettre les hommes dans cette position. Alors, j’ai décidé d’inverser la situation et de mettre davantage en valeur le masculin.

Il y a un sentiment de mélancolie dans ce film, une gravité qui m’a semblé plus forte que dans les précédents. Est-ce que je me trompe ? 

Non, vous n’avez pas tort. Je savais que je voulais raconter l’histoire d’une relation impossible et assourdissante. Ce sont les deux points de l’idée initiale. Au début, ça ressemble à mes autres films, puis la tension se brise très rapidement. Je voulais dépasser les attentes des spectateurs qui connaissent mon travail. Mais quand on se lance dans un projet, on ne sait jamais très bien où il va aller ni quelle sera la mélancolie du résultat. 

Que pensez-vous de votre statut de cinéaste gay culte ?

Je suis conscient de la place que j’occupe dans le milieu du cinéma queer à travers le monde. Je n’aurais jamais pensé, au début, que j’allais tellement orienter mon regard vers le queer. Mais en grandissant dans le cinéma, j’ai découvert que plus je suis honnête avec mon regard, plus le résultat est riche. Quand on a commencé à me demander quand j’allais réaliser “un film normal”, cela m’a mis en colère et m’a donné de plus en plus l’envie de me battre pour mon regard. Je veux montrer le monde gay en dehors des stéréotypes : on m’a souvent dit « vous n’avez pas l’air gay », donc je me bats pour montrer qu’être gay est bien plus qu’une apparence. C’est parfois la raison pour laquelle on me reproche de défendre une certaine “masculinité ». Je suis gay et ce n’est pas quelque chose que j’ai choisi en plus d’être masculin. C’est juste ce que je suis. Être gay est une chose que je veux montrer au monde avec fierté.

Marco Berger Le ColocataireLe Colocataire, de Marco Berger, avec Gaston Re, Alfonso Baron… (Optimale). En salles le 1er juillet.

 

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