Avec Hollywood, Ryan Murphy donne dans le mélodrame uchronique et poursuit son entreprise de redécouverte de l’histoire des luttes LGBT, féministes et antiracistes. 

Difficile de tenir le compte de la prolifique production télévisuelle du showrunner américan Ryan Murphy, de Nip/Tuck  à The Politician, en passant par Glee, Scream Queens ou American Horror Story. Bénéficiant notamment de la formidable chambre d’écho de la plateforme de streaming Netflix, le scénariste, réalisateur et producteur de 54 ans n’a eu de cesse de donner de la visibilité aux communautés LGBT  et à leur(s) histoire(s). On pense évidemment, dans le désordre, à la culture des balls de la communauté noire et hispanique new-yorkaise de Pose,  à la subtile peinture de l’Amérique homophobe des années 1990 de The Assassination of Gianni Versace ou encore à la naissance de la lutte antisida avec l’adaptation de The Normal Heart, la pièce de théâtre de Larry Kramer, décédé le 27 mai dernier. 

Avec la mini-série Hollywood, Murphy s’attaque néanmoins à un genre nouveau, l’uchronie. Il imagine en effet un groupe de personnages dans le Los Angeles d’après la Seconde guerre mondiale, qui parvient à mettre à mal le racisme, l’homophobie et le sexisme qui règne alors dans l’industrie du cinéma. Et pour ce faire, il a recours au style hollywoodien par excellence, le mélodrame. Il faut certes accepter le jeu outré, les personnages caricaturaux et les situations extravagantes qui se dénouent en un tournemain pour pleinement apprécier Hollywood. Mais derrière la bluette facile, et disons-le, parfois un peu niaise, se cache une véritable réflexion sur l’histoire des luttes contre les discriminations. On croise ainsi une version déplacardisée de Rock Hudson, parangon de la virilité américaine sur les grands écrans des années 50 qui fit son coming-out en mourant du sida en 1985. Ou encore une version ouvertement bisexuelle de Hattie McDaniel (interprétée par Queen Latifah), première actrice noire à obtenir un Oscar pour son rôle de Mamma dans Autant en emporte le vent en 1940, qui ne fut cependant pas autorisée à assister à la cérémonie dans la salle principale réservée aux Blanc·hes. 

Même à travers le choix de ses interprètes, Murphy éclaire un pan de l’histoire et de la culture LGBT. Ainsi le personnage Dick Samuels, un producteur dans le placard qui décide de renverser le système discriminatoire hollywoodien, est incarné par Joe Mantello, peu connu du grand public mais figure emblématique des AIDS plays et du théâtre gay new-yorkais, metteur en scène en 1995 de Love ! Valour ! Compassion ! de feu Terrence McNally, qu’il adapte dès l’année suivante au cinéma et acteur dans la reprise à Broadway en 2011 de The Normal Heart ainsi que dans son adaptation TV en 2014. 

En offrant une version de l’histoire hollywoodienne dont le combat contre les discriminations sort vainqueur, Murphy ne joue pas les ravis de la crèche : il ouvre plutôt des perspectives pour des luttes qui sont plus que jamais d’actualité. 

Hollywood de Ryan Murphy, avec Darren Criss, Laura Harrier, Jeremy Pope… Disponible sur Netflix.

 

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