Fatima Daas était l’invitée du premier Hétéroclite Book Club qui s’est tenu le 16 octobre au MOB Hôtel de Lyon. À cette occasion, elle a évoqué avec nous son premier roman paru aux éditions Noir sur Blanc, La Petite Dernière. 

Écrivaine française d’origine algérienne, lesbienne et musulmane, Fatima Daas est née en 1995 à Saint-Germain-en-Laye de parents algériens. Si elle se met à écrire, c’est, dit-elle, parce que le silence dans lequel elle a été éduquée était devenu trop étouffant. On retrouve d’ailleurs cette thématique dans La Petite Dernière où l’asthme dont souffre le personnage principal sert de métaphore à ce besoin urgent de respirer : « Il m’a fallu du temps pour comprendre que mes crises respiratoires pouvaient être déclenchées par des émotions ». Écrire apparait alors comme un moyen d’exister, de dire les mots qu’elle peinait à prononcer. 

fatima daas

Le roman, écrit à la première personne du singulier, se concentre sur la vie de Fatima Daas, la narratrice de l’histoire. Chaque chapitre s’ouvre par une formule anaphorique plus ou moins stable: « Je m’appelle Fatima Daas. Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam. Je porte un nom auquel il faut rendre honneur », sorte de leimotiv qui ramène inexorablement le personnage à sa foi, confrontée au fil des pages aux autres facettes de son identité.

L’héroïne doute, d’elle-même et de sa place dans la société. Comment concilier son homosexualité et l’islam ? Comment s’imbriquent ses origines algériennes et sa nationalité française ? Quels rapports entretient-elle avec sa famille, ses ami·es, ses amantes ? S’acheminant sur la crête étroite de l’autofiction, Fatima Daas fouille l’intime pour parler au plus grand nombre.

 

Une nouvelle représentation littéraire

La force de La Petite Dernière est de ramener au centre de l’action – et de l’attention – un personnage marginalisé. L’autrice s’en confiait d’ailleurs lors de la première séance du Hétéroclite Book Club qui s’est tenue le 16 octobre dernier : « J’étais à la recherche de réponses en tant que femme, en tant que femme lesbienne d’origine maghrébine, musulmane, en tant que femme d’une banlieue aussi, et j’en ai manqué pendant longtemps »

En explorant les identités multiples de son personnage, Fatima Daas leur donne une place qui leur était jusque là nier en littérature. Évoluant dans un perpétuel entre-deux, elle assume les contradictions de son personnage, n’apporte pas toujours de réponses aux questions et aux doutes qui l’assaillent mais offre enfin une place en littérature à la  représentation d’une femme maghrébine de banlieue, lesbienne et musulmane, dans toute sa complexité. Il était temps.

La Petite Dernière de Fatima Daas (Éditions Noir sur Blanc). En librairies. 

© Nadia Khallouki

 

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