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Les (in)Satisfaction(s) de Nina Bouraoui

Avec Satisfaction, l’écrivaine Nina Bouraoui compose un journal intime qui recueille les confessions de Michèle Akli sur les thèmes de l’identité, de l’amour et de l’exil.

La Satisfaction de la première de couverture laisse très rapidement place au second titre Les sept carnets de Madame Akli qui nous invite à parcourir le livre comme on lit un journal intime.

L’intimité est au centre du livre et l’introspection de l’héroïne forme le noyau fort de l’écriture. En 1962, au moment où les Français·es quittent l’Algérie, Michèle décide de s’y installer avec son mari Brahim et leur fils Erwan. Plus tard, tourmentée par la mélancolie, elle se confesse sur la douleur de l’exil et la difficulté de s’intégrer dans une Algérie qui peine à se relever du traumatisme de la colonisation et qui souffle les prémices d’une décennie noire. L’autrice compose avec brio cet exil intérieur de Michèle, devenue étrangère à elle-même, à la France qu’elle a quittée et à l’Algérie qu’elle habite.

Satisfaction est aussi une écriture libre sur le genre et l’homosexualité. Michèle est perplexe quand son fils Erwan s’éprend de Bruce, une copine de classe « ni une “vraie” fille ni un “vrai” garçon » qui se joue des genres. Mais c’est avec Catherine, aux airs de Catherine Deneuve, qu’aura lieu la rencontre. Michèle est happée par son désir pour cette femme qui l’oblige à vivre en dehors de ses carnets qui renferment ses secrets, sa révolution intime et sa satisfaction.

Cette fiction porte la signature de Nina Bouraoui. De père algérien et de mère française, elle a toujours interrogé la norme en écrivant sur son homosexualité et ses identités complexes.

Les limites de l’écriture

Si la satisfaction par l’écriture est au rendez-vous pour l’héroïne, elle peine à l’être pour l’autrice. Imprégnée de nostalgie, l’écriture se nourrit des souvenirs et puise dans l’imaginaire qui frôle, à certains endroits, l’exotisme d’une Algérie baignée dans le soleil et qui n’a existé que d’un certain regard. En effet, les désillusions de Michèle se construisent parallèlement avec celles du pays. Mais la description de l’Algérie en proie à la guerre civile n’existe que dans un filigrane qui tient la braise du chaos loin de l’héroïne.

Par ailleurs, la dualité des identités rappelle l’écriture dans Garçon manqué et Mes mauvaises pensées laissant une impression de déjà lu. A contrario, on se demande si la lecture de la Satisfaction ne laisserait pas un arrière-goût d’insatisfaction. 

nina bouraoui

À lire 

Satisfaction de Nina Bouraoui (Editions Jean-Claude Lattès). En librairies. 

© Patrice Normand

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