Le Festival Lumière, qui se tiendra cette année du 8 au 16 octobre et qui a souvent été critiqué pour son manque de parité, récompense cette année Catherine Deneuve, une grande figure féminine du cinéma français mais aussi une personnalité engagée. Cette huitième édition du festival met aussi à l’honneur plusieurs femmes réalisatrices et actrices, ainsi que le réalisateur gay Marcel Carné.

Parce que le Festival Lumière est un festival du film ancien et des rétrospectives mais qu’il récompense aussi les créations plus récentes, Catherine Deneuve, qui a commencé sa carrière d’actrice par un tout petit rôle à l’âge de treize ans en 1956, trouve toute sa place dans la lignée des Prix Lumière précédents. Parmi ses innombrables rôles, celui d’une femme vampire dans Les Prédateurs de Tony Scott lui offrit l’occasion de jouer aux côtés de David Bowie et de Susan Sarandon. Une tache de vin sur le chemisier blanc de cette dernière fournit d’ailleurs au film le prétexte d’une scène lesbienne au kitsch délicieusement suranné…Sarandon Deneuve Prédateurs

Plus récemment, on relèvera également ses nombreux rôles dans des films réalisés par des cinéastes gays, comme Après lui (2007) de Gaël Morel ou Potiche (2010) de François Ozon dans lequel, femme d’un patron tyrannique renversé par ses employés, elle reprend le pouvoir. Dans Les Bien-aimés (2011) de Christophe Honoré (une comédie dramatique avec, en filigrane, les thèmes de la prostitution et de l’homosexualité), elle incarne Madeleine, diva et amante passagère.

Féministe, engagée en faveur d’une société ouverte, Catherine Deneuve a signé en 1971 Le Manifeste des 343 salopes (paru dans Le Nouvel Observateur et qui réclamait la légalisation de l’avortement deux ans avant la loi Veil). Elle s’est aussi positionnée en 2013 en faveur de l’adoption pour les couples homosexuels.

Gong Li, Dorothy Arzner, Marcel Carné également célébré-e-s

Gong Li, à qui le Festival Lumière consacrera également une rétrospective, est la première actrice de Chine (pays dont le cinéma est en plein essor) à avoir connu une carrière et une reconnaissance internationales. Ses rôles ont souvent mis en valeur l’émancipation féminine. Elle a notamment refusé d’incarner une James Bond Girl dans Demain ne meurt jamais (1997), privilégiant jouer les femmes libres que les potiches.

Après la Française Jacqueline Audry l’an dernier, c’est au tour de l’Américaine Dorothy Arzner (1897-1979) d’être mise à l’honneur dans une section intitulée « Histoire permanente des femmes cinéastes ». Ayant été tout d’abord monteuse et productrice, Dorothy Arzner a la singularité d’avoir émergé comme réalisatrice dans l’univers très masculin du cinéma américain dès la fin des années vingt. Elle a entretenu des liaisons avec plusieurs actrices d’Hollywood et a réalisé de nombreux films jusqu’au milieu des années quarante.

Au rang des rétrospectives de cette huitième édition, signalons enfin celle consacré au cinéaste Marcel Carné (Hôtel du Nord, Le Jour se lève, Les Visiteurs du soir…). L’homosexualité est parfois suggérée dans son œuvre, notamment par les relations ambiguës entre Jean Gabin et Roland Lesaffre (qui fut le compagnon de Carné) dans L’Air de Paris (1954) ou à travers la figure du gigolo bisexuel dans Les Jeunes Loups (1968). Cinéaste à l’homosexualité discrète, Marcel Carné dira en 1982, dans un entretien accordé à la revue Masques de Didier Lestrade, préférer dans le cinéma  « les choses qu’on devine ».Rolland Lesaffre Jean Gabin

 

Photo de une : Catherine Deneuve dans Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin
Photo 1 : Catherine Deneuve et Susan Sarandon dans Les Prédateurs de Tony Scott
Photo 2 : Jean Gabin et Roland Lesaffre dans L’Air de Paris de Marcel Carné

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.