Le Festival Lumière rend hommage à son invitée, l’actrice britannique Tilda Swinton, en programmant quatre de ses films et une master class.

Telle est Tilda. Longue et diaphane. Belle et étrange. Évanescente et intense. Glacée et sensuelle. Populaire et radicale. Actrice et muse. Actrice, incroyablement, et muse, plus encore. Androgyne, profondément, et queer, absolument. Tilda vient de là. Bien longtemps avant d’aller voir du côté du Monde de Narnia, de Snowpiercer ou de Okja, du côté des blockbusters et du cinéma grand public international, c’est bien dans les marges pédées du ciné underground britannique que Tilda Swinton s’est inventée il y a plus de trente ans.

Au départ, il y a une rencontre, celle d’un artiste aussi essentiel que méconnu en France : Derek Jarman. Entre eux deux, c’est une sorte de coup de foudre créatif et amical immédiat, qui perdure aujourd’hui encore, alors que Jarman est mort du sida en 1994. Tilda est la gardienne de sa mémoire, celle qui veille à la réédition de ses films, à l’organisation de rétrospectives, à la mise en place d’expositions et de célébrations rappelant à quel point Jarman fut un génie à l’univers visuellement somptueux et inventif et à la démarche artistique très engagée, en particulier pour les droits des gays et contre le sida.

Tilda est de toutes ces expériences et de tous ces combats. Pour lui, elle est une prostituée romaine dans Caravaggio (1986) ou la Vierge dans The Garden (1990), une infirmière dans War Requiem (1988) ou une terrible reine d’Angleterre faisant exécuter son mari homosexuel dans Edward II (1992). Pour lui, surtout, elle est une des voix qui lisent son journal de la maladie et ses poèmes dans Blue (1994), le film testament dans lequel il met en scène son sida.

Indéfinissable et insaisissable

Dans tous ces films, la singularité de la présence de Tilda Swinton fascine. Sans doute est-ce une facilité que d’utiliser le mot indéfinissable à son propos, et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit. D’une actrice, d’une femme dont ni la beauté ni le jeu ne se laissent catégoriser, pas plus que ses choix de carrière. Insaisissable. Dès lors, qui d’autre qu’elle aurait pu incarner à l’écran (en 1992) l’un des personnages les plus insaisissables de la littérature, cet Orlando inventé par Virginia Woolf et qui traverse le temps en étant homme, puis femme, puis à nouveau homme, etc. ?

Tilda Swinton

Comme Orlando naviguant entre les époques et les sexes, Tilda navigue sans heurts entre les rôles et les mondes cinématographiques, moderne vampire mélancolique ici (Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch en 2013) ou antique et richissime cliente d’un palace hors d’âge là (Grand Budapest Hôtel de Wes Anderson en 2014). Toujours parfaite. Toujours inattendue. La plus grande actrice du monde ? Certains le disent. On n’est pas loin de le penser.

 

Festival Lumière, du 14 au 22 octobre dans la Métropole de Lyon / www.festival-lumiere.org

 

Photo : Tilda Swinton © Gage Skidmore
Photo : Tilda Swinton dans Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (2013) © Pandora Filmproduktion – RPC / DR

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