Le chanteur sud-africain Nakhane a sorti vendredi 16 mars son deuxième album, You Will Not Die, qu’il présentera aux Subsistances vendredi 27 avril dans le cadre du Petit Bulletin Festival.

Il tenait en 2016 le rôle principal du film de John Trengove Les Initiés, qui se déroule au sein de la communauté xhosa en Afrique du Sud. Cette même année est parue son premier roman, Piggy Boy’s Blue (non-traduit en français), l’histoire d’un homme qui revient dans le village de son enfance. Acteur, écrivain, musicien : Nakhane Touré, dit simplement Nakhane, est un artiste multicarte qui viendra en avril pour la première fois à Lyon.

Quelles ont été vos influences quand vous étiez enfant et adolescent ?

Nakhane 4 credit Tarryn HatchettLa musique soul en général et Marvin Gaye en particulier ont été d’énormes influences pour moi. Et le fait de chanter dans une chorale d’église quand j’étais enfant m’a donné le goût des voix multiples. Avec Internet, j’ai découvert d’autres musiciens et l’un de ceux qui m’a le plus bouleversé, c’est Rufus Wainwright. Parce qu’il n’a jamais dû annoncer son homosexualité, il n’a pas été outé : il a toujours été ouvertement gay. Il m’a fait comprendre que je pouvais être ce que je voulais. Il y a aussi cette chanteuse sud-africaine, Brenda Fassie, que j’adore parce qu’elle était extraordinairement libre.

En-dehors des musiciens, l’écrivain américain James Baldwin a vraiment changé ma vie. En fait, il continue de la changer tous les jours ! C’est la première personne à la fois noire et queer dont j’aie entendu parler et lui aussi a beaucoup compté pour moi. Son œuvre est à la fois très intellectuelle et très sensuelle et elle m’a donné beaucoup de courage, c’est pour cela que j’en parle dans chacune des interviews que je donne. Et puis Toni Morrison, une écrivaine incroyable… Mais je vais m’arrêter là, parce que sinon je pourrais continuer encore et encore !

Certain·es pensent que le concept du coming-out n’est pas forcément universel et adapté à toutes les cultures. Diriez-vous que faire le vôtre vous a aidé ?

Nakhane 5 credit Tarryn HatchettSi vous pouvez vous permettre de faire votre coming-out sans que cela ne mette votre vie en péril, alors oui, cela peut être très utile pour votre santé mentale et pour pouvoir vivre sans peur. Mais je pense qu’il est très important de comprendre d’où viennent les gens, dans quel environnement ils vivent. Faire son coming-out peut parfois être très dangereux et il serait irresponsable d’inciter toutes les personnes queers du monde à franchir ce pas.

L’attraction et le désir homosexuels ne dépendent pas de la partie du monde où vous vivez (en Occident, en Orient, au Nord ou au Sud…). Mais l’idée de les nommer est assez neuve, même en Occident. Elle a moins de 200 ans. Le mot «homosexuel» est d’invention relativement récente. C’est pour cela qu’un homme peut avoir des relations sexuelles avec d’autres hommes sans nécessairement s’identifier comme gay ou bisexuel. Et je crois qu’il est très important de lui laisser cette liberté-là.

John Trengove, le réalisateur du film Les Initiés, dont vous tenez le rôle principal, a refusé l’an dernier de se rendre au festival du film gay et lesbien de Tel-Aviv, pour protester contre la politique d’Israël à l’égard des Palestinien·nes. Est-ce que vous comprenez sa décision ?

Complètement. En tant qu’homme noir queer qui a été oppressé toute sa vie, je ne peux pas cautionner l’oppression et la domination d’autres personnes. Donc, personnellement, je pense que John a pris la bonne décision.

Vous êtes un artiste dont l’expression embrasse de nombreux champs de la création : la littérature, la musique, le cinéma… Avez-vous le temps de créer lorsque vous êtes en tournée ?

Je ne suis pas très doué pour faire plusieurs choses en même temps. Donc non, quand je suis en tournée, comme actuellement, je ne fais rien d’autre. Et, au départ, cela m’angoissait un peu. Mais j’en ai parlé à des proches et ils m’ont dit : «tu as sorti un album le mois dernier, détends-toi !». Pour l’instant, je collecte des informations. Je lis, je regarde des films, j’écoute de la musique… Je veux écrire un deuxième roman qui sortira en 2019 ou en 2020. Le premier parlait beaucoup d’acceptation de soi et de la confrontation entre le monde moderne et un monde plus ancien, marqué par la religion. Aujourd’hui, j’aimerais écrire un récit plus urbain, plus contemporain. Et je veux aussi sortir un autre album. Mais être en tournée et donner des concerts, c’est déjà une forme de création artistique.

 

 

Nakhane, en concert vendredi 27 avril aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 / www.petit-bulletin.fr/festival

2 x 1 invitations à gagner en envoyant vos nom et prénom à redaction@heteroclite.org (objet : Nakhane).

 

Photos © Tarryn Hatchett

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