Pour sa neuvième édition, Écrans Mixtes convie un invité de prestige auquel le festival lyonnais offre sa première rétrospective française. Mais la présence du grand James Ivory n’est pas la seule excellente raison de suivre cette manifestation qui, chaque année, prend de l’ampleur… 

Après plusieurs années à célébrer un cinéma queer résolument rebelle mettant en vedette des francs-tireurs comme Joã Pedro Rodrigues, Bruce LaBruce ou Jonathan Caouette, c’est le cinéma en apparence beaucoup plus classique d’un réalisateur d’une autre génération qu’a choisi de mettre en avant Écrans Mixtes pour cette édition 2019. James Ivory a en effet 90 ans, il a réalisé son premier long-métrage en 1963, et ses films comptent parmi les plus fines et élégantes adaptations littéraires en costumes que l’on connaisse, qu’il porte à l’écran Henry James (Les Bostoniennes), Kazuo Ishiguro (Les Vestiges du jour) et surtout E.M. Forster.

Le talent immense d’Ivory, qu’on aura l’occasion de constater grâce à la projection de six de ses chefs-d’œuvre, c’est d’instiller, dans des reconstitutions qui sans cela pourraient paraître académiques, le sentiment que ces mondes parfaits, corsetés dans les traditions, sont en train de pourrir sur place et ne vont pas tarder à être emportés par le souffle de la modernité, de l’Histoire, d’une contestation… C’est ce qui arrive notamment dans Maurice (1984), sans doute son plus beau film, qui sera projeté en ouverture à l’Institut Lumière, cette bouleversante histoire d’un jeune homme qui décide, au début du XXème siècle, alors que l’homosexualité est un crime en Grande-Bretagne, d’assumer son amour à la face du monde, quitte à en payer le prix dans sa carrière, quitte à être exclu de son milieu social, là où tant d’autres choisissent de rentrer dans le rang, et de remiser leurs désirs au fond de vastes placards. Adapté d’un roman dont Forster avait interdit la publication de son vivant, Maurice dit, sous sa forme classique, la force transgressive et subversive de l’homosexualité. L’hommage à Ivory sera aussi l’occasion de (re)voir un film qui a beaucoup ému les gays en 2017, Call me by your name, dont il a signé le scénario. 

 

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Une sélection internationale éclectique 

Parmi les autres classiques que présentera Écrans Mixtes, on retiendra l’un des films les plus justes sur le sida, Un compagnon de longue date (Norman René, 1990), un intense film indien dont la réalisatrice fut menacée de mort pour avoir raconté une histoire d’amour entre femmes (Fire, de Deepa Mehta, 1995), mais aussi Les Désarrois de l’élève Törless (Volker Schlöndorff, 1966), film de collège où désirs homosexuels et cruauté se font face.  

Écrans Mixtes fait aussi la part belle aux courts-métrages — avec notamment une programmation de films italiens présentés par la directrice du festival LGBT de Turin —, aux documentaires (dont ceux, formidables, de Marie Losier, cf. Hétéroclite #139), ainsi qu’aux inédits et avant-premières. 

On n’en citera que quatre, tout bonnement exceptionnels. Le très beau Hard paint venu du Brésil, l’enthousiasmante comédie sportive Les Crevettes pailletées (qui promet une clôture pleine d’énergie), le très attendu Boy Erased consacré aux thérapies de conversion, et le fabuleux documentaire brésilien queerissime, drôle, bouleversant et ultra-politique Bixa Travesty. Un sacré programme ! 

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Écrans Mixtes, du 6 au 14 mars / www.festival-em.org 

Soirée de lancement du catalogue Écrans Mixtes 9ème édition, le 13 février à partir de 18h30 à la Boutique Agnès B., 24 rue Auguste Comte-Lyon 2 / Événement Facebook 

 

© Bixa Travesty / Call me by your name / Les Crevettes pailletées

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