Depuis quelques mois, c’est le printemps avant l’heure : de nouvelles scènes drag-queens et drag-kings fleurissent à Lyon. Plus queer, féministe et inclusive que la génération précédente, cette nouvelle vague s’essaie à montrer des shows émouvants dans des espaces safe.

Rompant avec l’esprit de compétition qui régnait parfois dans le milieu, Dragones, les daronnes de cette nouvelle génération, ont marqué le tournant. Leur collectif a insufflé un désir d’être solidaires et authentiques dans la pratique. Derrière les paillettes, il y a un engagement, du travail artistique et, de plus en plus, une envie de s’affranchir des codes pour questionner le genre. Précurseuse, Messalina Mescalina, brouille les pistes en se métamorphosant en créatures fantasmagoriques parfois horrifiques à l’aide de masques ou de matériaux déformants. L’idée n’est plus de représenter une féminité exacerbée, mais au contraire de la déconstruire.

C’est une vision que partage Aurélie de Foresta alias Frankie de la bande des Kings Sauvages : « Il y a des choses qui m’agaçaient dans le monde du burlesque : le fait que ça doive être souvent beau, pailleté, léché… Moi je veux aussi de la place pour les trucs sales, bruts, choquants et incompréhensibles. ». Cette comédienne, metteuse en scène et pole danseuse a créé l’année dernière La Salve, un cabaret qui se produit mensuellement au Nid de Poule (Lyon 1) et s’attache à montrer des numéros drag-kings. Les shows abordent des thématiques engagées telles que le patriarcat ou les sexualités.

De même, Rivière n’hésite pas enlever le haut ou à performer sans artifice (pas de faux seins, pas de perruque) pour revendiquer sa non binarité. Ainsi elle met en place un dialogue avec le public pendant son drag show mensuel, La Cascade, au Rita Plage (Villeurbanne). Pour éviter que ce ne soit qu’une suite de performances à consommer sans réfléchir, iel aborde des sujets qui lui tiennent à cœur, comme la prévention des risques (l’association AIDES est présente à chaque évènement), le harcèlement scolaire ou la dépression. Les luttes contre les discriminations sont bien présentes à l’esprit de cette nouvelle génération. Patricia Chaudepisse, performeuse d’origine marocaine, co-organise par exemple des évènements drags en soutien à l’association 2MSG (Migrations, Minorités Sexuelles et de Genre).

Enfin, on note une volonté de créer des scènes ouvertes bienveillantes, pour notamment encourager les novices. C’est un des buts de la GLAM Against the Machine, soirée mensuelle au Sonic, comme l’explique Frida Salo : « l’idée est de mélanger inclusivité, mixité et pluridisciplinarité avec l’idée d’effacer les barrières entre artistes mainstream et underground ». Les deux complices à l’origine de ces soirées, Frida Salo et Bühler, s’entourent d’ailleurs d’une équipe d’hôtes·ses haut·es en couleurs afin de créer un espace de fête safe.

À voir
La Salve, le 21 février au Nid de Poule, 17 rue Royale-Lyon 1 / 04.78.08.13.22 www.leniddepoule.com
La Cascade, le 21 février au Rita Plage, 68 cours Tolstoï-Villeurbanne / 04.72.41.33.29 www.rita-plage.com
GLAM Against the Machine, les 8 et le 29 février au Sonic, 4 quai des Étroits-Lyon 5 / 04.78.38.27.40 www.sonic-lyon.fr

À écouter
Génération dragqueen : 5 témoignages de dragqueens aux univers singuliers, un épisode par semaine sur l’audioblog Arte Radio Bonnardise sonore / audioblog.arteradio.com/blog/98753/bonnardise-sonore

© photo Camille Lecuyer

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