Dans le documentaire Disclosure, une vingtaine de personnes trans débattent de la façon dont Hollywood les représente depuis plus d’un siècle.

N’en déplaise à Christine Boutin et à ses délires d’invasion LGBT+, la présence de personnes trans au cinéma n’est pas qu’une “mode” ultra-contemporaine. C’est ce que rappelle très pertinemment le documentaire Disclosure: Trans Lives on Screen (en français Identités trans, au-delà de l’image), présenté en début d’année au festival de Sundance et ajouté au catalogue Netflix en juin, à l’occasion du Mois des fiertés LGBT+. Dès sa naissance ou presque, le septième art se plaît à montrer des individus vivant dans un genre qui n’est pas celui que la société attend d’eux. « Comme si les trans et le cinéma avaient grandi ensemble, nous avons toujours été présents à l’écran et ce n’est pas juste une coïncidence : nous sommes intimement liés », note ainsi l’historienne Susan Stryker, faisant un parallèle entre l’invention du montage et de la transition entre les plans (“cut” en anglais, un mot qui signifie également “coupé”) et la présence, dans certains des premiers films muets, de corps masculins androgynes, qui semblent comme émasculés.

MJ_RODRIGUEZ Disclosure

MJ Rodriguez

Une représentation longtemps catastrophique

Qu’il la tourne en ridicule, qu’il en fasse un objet de dégoût ou d’effroi ou qu’il pose sur elle un regard en apparence plus empathique mais empreint de misérabilisme, « pendant des années, Hollywood a montré au public comment réagir à la transidentité », observe un autre intervenant. Avec, à la clef, des conséquences très concrètes sur la vie des personnes trans, sans cesse considérées comme des blagues ou des monstruosités, et réduites à une petite poignée de stéréotypes (le tueur en série comme dans Psychose, Pulsions ou Le Silence des agneaux, la prostituée victime d’un meurtre sordide…). Ces dernières années, on a pourtant pu voir des séries et des films moins caricaturaux, souvent réalisés et joués par des cinéastes et des interprètes trans, qui s’éloignent des sentiers battus en ne se focalisant pas uniquement sur la transition de leurs personnages (le récent et très réussi Brooklyn Secret en est un bel exemple).

MARQUIS VILSON Disclosure

Marquis Vilson

Un dialogue passionnant entre personnes trans

Proche dans sa forme de The Celluloid Closet, le documentaire de 1995 qui retraçait l’histoire des représentations des gays et des lesbiennes dans le cinéma américain, Disclosure s’articule autour de très nombreux extraits de films, de séries ou de talk-shows que commentent une vingtaine de personnalités “concernées”, hommes ou femmes, chacune avec son histoire et son ressenti propres. Cette polyphonie donne naissance à des discussions passionnantes, notamment sur l’importance et les limites de la représentation, sur les paradoxes de la visibilité, sur la difficulté des réalisateurs et réalisatrices et acteurs et actrices trans à trouver du travail à Hollywood ou sur certains schémas narratifs récurrents et profondément transphobes (par exemple le personnage secondaire féminin qui fait la “divulgation” (“disclosure” en anglais) de sa transidentité, pour la plus grande consternation du héros principal). À sa manière, ce documentaire, avec sa coproductrice trans (Laverne Cox, alias Sophia dans Orange Is The New Black) et ses intervenant·es tous trans elles et eux aussi, participe ainsi à la reprise en main du discours sur une minorité opprimée par cette minorité elle-même.

Disclosure de Sam Feder, avec Laverne Cox, Chaz Bono, Lilly Wachowski…. Disponible sur Netflix.

Le 22 septembre 2020 à 19h, projection organisée par arcENSiel à l’ENS de Lyon.

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