Dans Je suis un monstre qui vous parle, Paul B. Preciado donne peu de chance à une réconciliation entre psychanalyse et révolution queer. A contrario, Fabrice Bourlez dans Queer psychanalyse se montre plus optimiste. Alors, le queer et la psychanalyse, irréconciliables ? 

 

psychanalyse

Le déconfinement et la réouverture des librairies à la fin du printemps dernier étaient déjà une joie, ils le furent d’autant plus que sortait à la même période le dernier ouvrage de Paul B. Preciado, Je suis un monstre qui vous parle, sous-titré Rapport pour une académie de psychanalystes. De fait, il s’agit de la retranscription du discours qu’il prononça fin 2019, devant une assemblée de psychanalystes réunis lors du colloque de l’Ecole de la cause freudienne, dont l’intitulé était : Femmes en psychanalyse.  Nulle surprise donc à ce que Paul B. Preciado ait saisi cette tribune pour adresser aux représentants de la discipline un manifeste qui les accusent, qui les situent et qui les prévient. La majeure partie du texte est consacrée à la dénonciation du régime de la différence sexuelle à partir duquel la psychanalyse a construit la quasi-totalité de ses théories. Preciado pointe du doigt l’archaïsme autant que le danger de cette vision binaire avant d’annoncer la révolution queer en marche et d’inviter la psychanalyse a entamé (elle aussi) sa transition. 

Nous connaissons le talent d’orateur de Paul B. Preciado et nous l’aimons pour sa capacité à conclure ses interventions par l’espoir d’un avenir plus heureux car nécessairement queer et écologiste. Ici cependant, l’accusation est tellement appuyée et les propositions d’ouvertures si réduites qu’on peine à imaginer que la psychanalyse et le queer puissent un jour faire bon ménage. Parce que la grande absente du texte, outre celle du coût des thérapies qui de fait en exclus les plus précaires, c’est la question de savoir pourquoi au fond, aurait-on besoin de la psychanalyse où des autres thérapies psychologiques ? Même si Preciado révèle avoir passé 17 années sur divers divans, il ne dit rien de ses motivations et à le lire, on en arrive à se demander si la démarche thérapeutique en elle-même ne serait pas une forme de rédemption masochiste de nos vies alternatives à la norme. Et pourtant, nous sommes nombreuses et nombreux à éprouver le besoin d’espaces pour déposer et comprendre notre subjectivité, l’intime de nos affects, nos ambivalences, nos paradoxes, nos désespoirs et nos émotions de gosses dans le grand tout politisé des différentes sociétés qui composent nos vies. 

C’est pourquoi, au manifeste de Paul B. Preciado, nous proposons d’ajouter la lecture du travail de Fabrice Bourlez Queer psychanalyse : Clinique mineure et déconstructions du genre, et nous la proposons presque en premier lieu aux psychanalystes eux-mêmes. Psychanalyste et homosexuel, Fabrice Bourlez approfondit, nuance et expose même les ressemblances entre le queer et la psychanalyse : l’accueil de l’étrange, du bizarre et des troubles en tous genres. Il décortique l’histoire des théories psychanalytiques et leurs impacts sur la communauté LGBT+, retrace celles des mouvements antipsychanalytiques, queer et féministes et réussit à proposer la révolution épistémologique exigée par Preciado : la queer psychanalyse. 

Je suis un monstre qui vous parle de Paul B. Preciado (Grasset). En librairies.

Queer psychanalyse de Fabrice Bourlez (Éditions Hermann). En librairies.

© illustration Merci Georgette

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