Le Centre LGBTI de Lyon accueille depuis le début de l’année un nouveau centre de ressources sur l’homosexualité et le genre, composé d’une bibliothèque et d’un fonds d’archives.

Dans la foulée du succès critique et public du film 120 battements par minute, on a beaucoup parlé l’an dernier du projet d’un Centre d’archives LGBT parisien, en gestation depuis près de deux décennies mais sans cesse repoussé. À Lyon aussi, le besoin de préserver la mémoire militante des luttes des minorités sexuelles se fait sentir. C’est pour y répondre que le Centre LGBTI s’est récemment donné pour mission de recevoir et mettre à disposition de ses membres non seulement des livres, BD ou DVD sur l’homosexualité et sur le genre, mais aussi des archives militantes.

À l’origine du projet, Roméo Isarte était l’an dernier étudiant en deuxième année de master et réalisait un mémoire sur les festivals de cinéma homosexuels et féministes dans les années 70. C’est dans le cadre de ses recherches qu’il a été amené à rencontrer Laurent Chauvin, le président du Centre, qui l’a invité à constituer un fonds d’archives au sein de cette structure qui regroupe 32 associations. Une commission « bibliothèque et archives » a ainsi vu le jour ; elle comprend aujourd’hui huit bénévoles gays, lesbiennes, trans et hétéros ultra-motivé·es et majoritairement jeunes.

Mettre en commun les archives militantes

Une demande de subvention a ensuite été envoyée à la DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT), qui a soutenu le projet à hauteur de 3000€. Cette somme a essentiellement servi à acheter du mobilier (des casiers et une bibliothèque pour entreposer livres et archives) et à financer des déplacements et des rencontres avec d’autres acteurs engagés en faveur de la préservation de la mémoire militante LGBT.

L’initiative lyonnaise n’est en effet pas isolée : à travers toute la France, de jeunes chercheurs et chercheuses sur l’histoire des mouvements de libération sexuelle se mettent en lien et créent des réseaux pour mettre en commun les archives encore existantes. C’est ainsi qu’en février 2017 s’est tenue à Toulouse une rencontre sur « les archives transpédégouines », autour notamment de Mathias Quéré, un jeune thésard qui poursuit actuellement des recherches sur le CUARH (Comité d’urgence anti-répression homosexuelle, actif de 1979 à 1987) et sur les Groupes de libération homosexuelle (GLH), des collectifs qui ont fleuri dans toute la France au cours des années 70.

Au Centre LGBTI de Lyon, toute personne militant ou ayant milité au sein d’un mouvement de libération sexuelle peut désormais déposer ses archives personnelles dans des casiers disposés à cet effet. Toutes les associations membres du Centre seront prochainement invitées à en faire de même, même si cela demandera sans doute un peu plus de temps et de persuasion. La question de la propriété des archives militantes est en effet sensible : au sein du Centre, chacun se souvient encore, dix ans après, du conflit qui avait opposé ARIS (la plus ancienne association homosexuelle de Lyon encore en activité) au collectionneur Michel Chomarat, qui s’était vu confier ses archives.

Une bibliothèque déjà riche de 1200 ouvrages

En attendant, c’est bien la bibliothèque qui constitue à ce jour le volet le plus fourni du projet. Elle compte actuellement 1200 ouvrages : romans, témoignages, biographies, beaux livres de photos ou de peintures, ouvrages historiques ou sociologiques sur l’homosexualité ou la lutte contre le sida… Mais aussi des bandes dessinées, des mangas (yuri ou yaoi), des films en DVD ou même en VHS. À cela s’ajoutent environ 500 périodiques : des exemplaires de Gai Pied (1979-1992), Masques (1979-1985), Lesbia Magazine (1982-2012), Têtu ou encore des gratuits LOM Magazine et… Hétéroclite. Un sixième environ des collections de la bibliothèque provient d’un don du Centre LGBT de Paris, qui a offert à son pendant lyonnais pas moins de 280 livres et documents qu’il avait en double. En revanche, la subvention versée par la DILCRAH n’a pas servi à acheter de nouveaux livres.

Pourtant, Roméo Isarte le reconnaît : le fonds de la bibliothèque aurait bien besoin d’être actualisé et diversifié. Selon ses propres termes, il est actuellement «très gay et très blanc». Les livres sur les cultures lesbiennes, les transidentités ou le genre y sont trop rares. Sans compter que bon nombre d’ouvrages datent un peu, alors que l’appréhension des sexualités minoritaires ou de l’identité de genre n’est évidemment pas la même aujourd’hui que dans les années 70, 80 ou même 90. Mais la bibliothèque peut toujours être enrichie, par des dons ou, à l’avenir, par des achats. Roméo Isarte voudrait ainsi «l’ouvrir aux autres cultures queers, avec une approche plus intersectionnelle, qui ferait leur place aux minorités au sein de la minorité LGBT».

D’autres centres de ressources sur le genre et l’homosexualité à Lyon

Il reste cependant conscient qu’un centre de ressources ne peut jamais être exhaustif. C’est pourquoi celui du Centre LGBTI est complémentaire à d’autres fonds déjà existants à Lyon. Le plus connu est sans doute Le Point G, le centre de ressources sur le genre de la Bibliothèque municipale. Cette dernière abrite également les fonds Michel Chomarat et Lacassagne, qui contiennent de nombreux documents relatifs aux questions de genre et de sexualités. Le Centre de documentation et de recherche sur les alternatives sociales (CEDRATS), mine d’information incomparable sur tous les mouvements sociaux qui ont agité la Croix-Rousse et ses pentes, recèle quant à lui le très riche fonds Bruno Hérail, du nom de ce militant très actif dans les années 70 au sein du GLH de Lyon.

Dans le domaine universitaire, il faut citer également le fonds Aspasie (fonds documentaire sur l’histoire des femmes et la question du genre en éducation au sein de la bibliothèque universitaire Éducation de la Croix-Rousse) et le Centre Louise Labé de l’Université Lumière Lyon II (qui comprend «de nombreux documents et archives locales du mouvement des femmes depuis 1975» ainsi que des revues féministes francophones). Sans oublier, évidemment, les documents relatifs à l’homosexualité qu’on peut trouver dans les archives publiques (notamment, à Lyon, les archives municipales et départementales). Mais ceux-ci ne font pas l’objet d’un signalement spécifique et peuvent donc être plus difficiles à trouver.

Un nouveau centre de ressources pleinement justifié

La bibliothèque et le fonds d’archives, encore balbutiant, du Centre LGBTI ont cependant une spécificité : ils sont gérés par et pour les personnes concernées. «En cela, ils répondent à une véritable demande des associations lyonnaises, ils comblent un vide», estime Roméo Isarte. Ils sont, en outre, plus largement accessibles que les fonds universitaires réservés aux chercheurs, chercheuses et étudiant·es. Par ailleurs, les politiques d’achat de ces fonds universitaires privilégient souvent les ouvrages documentaires, au détriment de la fiction et des témoignages. Autant de raisons qui justifient pleinement la création de ce nouveau centre de ressources sur l’homosexualité et le genre à Lyon. 

Installée depuis janvier 2018, la bibliothèque du Centre LGBTI ne sera officiellement inaugurée que le 17 mai, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Mais on peut déjà y emprunter des ouvrages (à condition d’adhérer à l’une des associations du Centre) lors des permanences, chaque mercredi de 18h à 20h. On peut aussi donner des livres, des magazines, des DVD ou des archives personnelles en lien avec le militantisme LGBT. Enfin, pour récolter un peu d’argent et pouvoir ainsi faire de nouvelles acquisitions, les bénévoles de la commission «bibliothèque et archives» songent déjà à mettre en vente tous les ouvrages en double exemplaire, lors d’une braderie qui pourrait avoir lieu en juin, durant la traditionnelle Quinzaine des Fiertés LGBT.

 

 

Permanence de 18h à 20h le mercredi

Au Centre LGBTI de Lyon, 19 rue des Capucins-Lyon 1 / 04.78.27.10.10 / www.centrelgbtilyon.org

www.facebook.com/Sardanapale69

 

 

Photo : Manoël Legras, Paolo Carbani, Roméo Isarte et Jean-Yves Brunel, bénévoles de la commission « bibliothèque et archives » du Centre LGBTI de Lyon © Arnaud Manuel

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