Avec Viendra le temps du feu, roman choral publié dans la collection Sorcières des éditions Cambourakis, l’autrice lyonnaise Wendy Delorme s’essaie à la dystopie féministe et convoque la figure tutélaire de Monique Wittig.

Performeuse, écrivaine et universitaire, la Lyonnaise Wendy Delorme a déjà signé un recueil de nouvelles et trois romans dont Le corps est une chimère qui lui a valu de remporter le Prix Joseph en 2018. Avec Viendra le temps du feu, son nouveau roman paru le 3 mars dernier, elle change non seulement de maison d’éditions, délaissant Au Diable Vauvert au profit de la très féministe collection Sorcières des éditions Cambourakis, mais également de genre en optant pour une forme dystopique à laquelle elle ne s’était encore jamais essayée.

 

Dans ce texte choral, on découvre au fil des témoignages d’Ève, Louise, Raphaël, Grâce et Rosa une société totalitaire, régie par un terrifiant Pacte national, refermée sur elle-même et coupée des territoires qui l’entourent, perçus comme autant de dangers potentiels. Chaque individu est appelé à « se mettre en paire » afin de « contribuer » – entendre procréer – pour la survie d’une organisation paternaliste qui a supprimé toutes les oeuvres de la pensée, et principalement la littérature. Transparaissent néanmoins, derrière cette vie glaçante basée sur le travail et la consommation, quelques bulles de résistance comme la communauté sororale au-delà du fleuve ou les rencontres secrètes des Uraniens dans les salons feutrés d’un bar à hôtesses des faubourgs de la ville.

 

Il y a indéniablement une part de vertige à lire cette dystopie où le quotidien des personnages est soumis à un couvre-feu et à des successions d’interdits à l’aune de la crise sanitaire que nous traversons. D’autant plus que Wendy Delorme ne se prive pas de piocher dans le réel des éléments qui font mouche comme les références aux collectifs de colleuses féministes, les préoccupations de la jeunesse face à l’urgence climatique ou encore les inégalités Nord-Sud et le traitement réservé aux réfugié·es. Elle s’inscrit ainsi dans une longue tradition littéraire de la science-fiction, faisant de Viendra le temps du feu un poste d’observation implacable du temps présent.

 

En réaffirmant le pouvoir subversif de l’écriture et de la littérature, le roman n’est pas sans rappeler un Farenheit 451 de Ray Bradbury qui serait passé au prisme du militantisme lesbien et des théories queers. Ainsi, la sororité résistante décrite par Wendy Delorme puise explicitement son inspiration dans Les Guérillères de Monique Wittig et son puissant travail sur la langue, alors que l’insurrection en germe emprunte ouvertement à Un appartement sur Uranus de Paul B. Preciado. C’est sur ces textes-là que Viendra le temps du feu bâtit sa critique de la société hétéronormée, plongeant les lectrices et les lecteurs dans une vivifiante mise en abîme.

Wendy Delorme Viendra le temps du feu CambourakisViendra le temps du feu de Wendy Delorme (Éditions Cambourakis). En librairies.

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