Il y a un an, «notre» critique de cinéma attitré, Didier Roth-Bettoni, publiait Les Années sida à l’écran (éditions ErosOnyx), un court et passionnant ouvrage qui analyse la façon dont les films se sont emparés de l’épidémie depuis son apparition. Cette recherche érudite sur les liens entre l’art et la maladie, il la poursuit cette année en produisant Quand la création raconte le sida, une série, réalisée par Nathalie Battus, de quatre épisodes de l’émission radiophonique LSD (La Série Documentaire), diffusée sur France Culture.

Plutôt qu’un découpage par disciplines artistiques (le sida et la danse, le sida et le cinéma, le sida et les arts plastiques…), qui aurait conduit à de trop nombreuses répétitions, les deux co-auteurs de Quand la création raconte le sida ont privilégié un découpage thématique. C’est ainsi que les quatre émissions se penchent sur :

– la façon dont les œuvres racontent la maladie et la mort de leur auteur (Dire sa vie, dire sa mort, lundi 9 avril),

– le problème de l’incarnation de la douleur et de la résistance (Corps souffrants, corps combattants, mardi 10 avril),

– les changements apportés dans les représentations par l’arrivée des médicaments, de l’AZT à la PrEP en passant par les trithérapies ou le TPE (Traiter les traitements, mercredi 11 avril),

– et enfin sur le temps du deuil, de la mémoire ou de l’oubli (Hanter la forêt fantôme, jeudi 12 avril).

Au cours de cette exploration thématique du monde de l’art des années 80 à nos jours, on croise ainsi des écrivains (Hervé Guibert, Vincent Borel, Guillaume Dustan, Christophe Bourdin), des dramaturges (Jean-Luc Lagarce, Copi, Tony Kushner, Bernard-Marie Koltès), des cinéastes (Olivier Ducastel, Jacques Martineau, Cyril Collard, Robin Campillo, Derek Jarman, Vincent Boujon), des plasticien·nes (Sophie Calle, Félix González-Torres), des photographes (Nan Goldin, Zoe Leonard), des chorégraphes et danseurs (Alain Buffard, Raimund Hoghe, Olivier Normand), des metteurs en scène de théâtre (Aurélie Van Den Daele, Bruno Geslin, Philippe Calvario)… Mort ou vivant, séropositif ou non, chacun·e raconte «ce que le sida [lui] a fait», pour paraphraser le titre du bel essai, paru l’an dernier, de l’historienne d’art Elisabeth Lebovici (qui intervient d’ailleurs dans chaque épisode). Et nous enjoint ainsi à n’oublier ni les années les plus noires de l’épidémie, ni sa permanence jusqu’à aujourd’hui.

 

Quand la création raconte le sida, du 9 au 12 avril de 17h à 18h sur France Culture

 

Photo : Angels in America de Tony Kushner mis en scène par Aurélie Van Den Daele © Marjolaine Moulin

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